« Tu rangeais en chantant pour le repas du soir »
Le Semeur de cendres
Tu rangeais en chantant pour le repas du soirLe pain blond, du laitage et le fruit de nos treilles,Autour d’un rayon d’or formé par les abeilles ;Et te voici qui viens tout près de moi t’asseoir.
Il a plu ; l’air mouillé répand une odeur verte.Le fifre d’un insecte invisible au plafondAlterne avec le bruit que les gouttes d’eau fontSur des feuilles au bord de la croisée ouverte.
Nous rêvons, accoudés sur la nappe, devantLes mets simples auxquels nul de nous deux ne touche.Nous nous taisons ; parfois tu poses sur ma boucheTon bras nu qui frissonne au souffle frais du vent.
La fenêtre faisant un cadre au paysageSe peint avec les bois et l’horizon natalSur les flancs ronds et purs d’un vase de cristalDont le courbe miroir nous grossit le visage.
Là-bas, le ciel d’automne est rouge et soucieux.Ô doux et longs instants d’amour ! Le crépusculeDécolore déjà l’univers minusculeQui diaprait l’azur de la buire et nos yeux.
Ton cœur frappe à la place où ma tête s’appuie,Nous écoutons les fruits tomber dans le jardin,Pensifs, et tressaillant ensemble quand, soudain,Le vent secoue un arbre encor chargé de pluie.
Alors, et bénissant le jour qui va finir,Comme deux voyageurs, d’un regard en arrière,Nous laissons dans l’ardeur d’une même prièreEt nos mains et nos voix et nos âmes s’unir.
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