Les Jungles

Les Jungles.

Sous l’herbe haute et sèche où le naja vermeilDans sa spirale d’or se déroule au soleil,La bête formidable, habitante des jungles,S’endort, le ventre en l’air, et dilate ses ongles.De son mufle marbré qui s’ouvre, un souffle ardentFume ; la langue rude et rose va pendant ;Et sur l’épais poitrail, chaud comme une fournaise,Passe par intervalle un frémissement d’aise.Toute rumeur s’éteint autour de son repos.La panthère aux aguets rampe en arquant le dos ;Le python musculeux, aux écailles d’agate,Sous les nopals aigus glisse sa tête plate ;Et dans l’air où son vol en cercle a flamboyéLa cantharide vibre autour du roi rayé.

Lui, baigné par la flamme et remuant la queue,Il dort tout un soleil sous l’immensité bleue.Mais l’ombre en nappe noire à l’horizon descend,La fraîcheur de la nuit a refroidi son sang ;Le vent passe au sommet des herbes ; il s’éveille,Jette un morne regard au loin, et tend l’oreille.Le désert est muet. Vers les cours d’eau cachésOù fleurit le lotus sous les bambous penchés,Il n’entend point bondir les daims aux jambes grêles,Ni le troupeau léger des nocturnes gazelles.Le frisson de la faim creuse son maigre flanc ;Hérissé, sur soi-même il tourne en grommelant ;Contre le sol rugueux il s’étire et se traîne,Flaire l’étroit sentier qui conduit à la plaine,Et, se levant dans l’herbe avec un bâillement,Au travers de la nuit miaule tristement.

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