Lays — II
Se je ne finoye de direEt d’escripre,Je ne pourroie souffire,Amis, pour louer assez,En cent ans voire passez,Vostre bonté, n’a descripreVo beaulté ou l’en se mire,N’a redireN’y a, si sont amassezEn vous tous biens entassezOu grâce et honneur se tire.
N’il n’est royaume n’empireOu eslireOn peüst tel, n’oÿ lireN’ay des vaillans trespassez
Tant de bien, vous effassezLeur grant vaillance, beau sire ;Car le monde se remireEt désireVous qui tous vices cassezNe du bien n’estes lassezNul temps, n’on n’en puet mesdire.
Et quant vous estes si parfaitQue chascun loe vostre faitEt dit que vous n’avez pareilNe qu’oncques nul n’y vid meffait,Mais cil qui les despris reffait,Plein de sens et de bon conseilEnluminant com le soleilQui toutes ténèbres deffait,Et ou prouece a son recueil,La porte de joye et le sucilEt cil qui les nobles reffait.
Ne vous doy je de cuer parfaitAmer et m’esjoïr de faitD’avoir ami si a mon vueil,Bon, noble et preux, qui het tort fait,Ne qui n’a riens de contrefait,Bel, jeune et doulz, plaisant a l’ueil,Franc, courtois et de doulz accueil,Si bon que ou monde n’a si faitHumain, très humble, sanz orgueil ;Si puis dire, nul n’en ait dueil.Cil qui tout bien met a effait.
Et se m’amour vous doy nommerN’ami clamerEt reclamer,Sachiez que j’en fais mon devoirSi bien qu’on ne m’en doit blasmer ;Car affermerEt confermerAmours a fait par estouvoirMon cuer en vous, si que mouvoirPour nul avoirCellui vouloirJe ne pourroie. Ains a la merOsteroie trestout l’amer ;Doulçour avoir,Et remouvoirLi feroie et s’iaue toloirEntièrement, et reprimer
Son flo que l’en voit escumer,Toute semerEt enflammerS’arene, et que fable fust voir,Le monde de nouvel former,
Fondre, entamerEt refformerPierres dures, et feu plouvoir,Les estoilles toutes ardoir,Que main fust soir,Sans desmouvoirTout l’umain siècle consommer,Paistre le monde, et affermerEt apparoirQue blanc fust noirFeroie, ainçois que desmouvoirMe peiisse de vous amer.
Car vous estes la joyeQui me resjoyeEt avoyeA tout bien,Ne sanz vous ne pourroieEt ne vouldroieNe saroie
Valoir rien,Et pour ce a vous emploieToute et ottroyeL’amour moye ;Car sçay bienQue vous estes la voieQui me ravoie,Ne m’esjoyeAultre rien,Et c’est ce qui m’apoyeOu que je soye.Mais que voieVo maintien.
Si n’en cuide estre deceüeCar je me suis apperceüeQue vous m’amez de cuer entier ;Car par long temps m’avez sceüeEt quant j’ay bien l’amour sceüe,Qui n’est pas depuis avantierEncommenciée, et que mestierVous estoit que fust receüeVostre amour ou pou exploitierPostés long temps par nul sentier,Lors fu vostre amour conceüeEn moy qui si bien m’a sceüeQue mon cuer de joye est rentier.
Car par seulement la veüeAvoir de vous je suis peüeDe quanque on pourroit souhaidierD’autre bien, car j’ay esleüe
Ma joye en vous, chose est deüeDe vous amer, c’est doulz mestierOu l’on apprent a accointierTout honneur ; si suis pourveüeD’ami loial, au mien cuidier.Qui de moy fait tout mal vuidier.S’en lo Amour par qui eüeAy vostre amour et qui meüeM’a a l’amer encommencier.
Et puis qu’Amours nous a joinsEnsemble et conjoins,Soient noz soins,Et près et loings,Amis, de loiaumentNous entr’amer et tous besoinsEt tous amers poins,Se sommes poinsDe durs poins,
Nous porterons doulcementEt vivrons joyeusementEt très liementGaiementCar nous serons enoinsDe doulz espoir qui fermementEt très purementFinementNous soustendra a ses poins.
Et d’ainsi nos jours userSanz mal userNulz ne pourra accuserDe nul meffait nostre vie,Ne sur nous nul mal causerNe gloser,Car sur nul n’arons envieNe vouloir d’autre encuserPour nous excuser.
Car de tous poins assouvieLeesce en nostre penserSera, par quoy ert ravie,Sanz nul offenser,Tristece qui gent dévie.De nous, qui fausserNe voulons, ainçois plevie,Sanz nul jour cesser,Avons foy vraye assouvie.
Et pour tant se mesdisansPour nous greverVont disant leurs moz cuisansPar controuverNe devons pas estre averDes trésors doulz, advisans,Qu’Amours aux amans trouver.Par esprouver,Fait sur tous biens reluisans,Et qui sauver
Pevent de tous maulz nuisansSanz emblasver.Si n’en soions pas exans ;Pour quoy laverous en devons, quant leverEn joye plus de dix ansNous puet li moins souffisansDes biens, prouverLe puis par tous poursuivans,Sanz controuver.
Et s’en contrée longtaineVostre noblece vous meineEt la prouece haultaine,Qui vo noble cuer demeine,Ce me sera moult grant peine ;Mais je prendrai reconfortEn ce que je suis certaineQue de vraie amour certaine,Plus qu’aultre chose mondaine,Ne que Paris belle Heleine,Comme dame souveraine,M’amez de tout vostre effort.
Et combien que de dueil pleineSeray nuit, jour et sepmaine,Et tout le temps triste et vaine,Sanz estre lie ne saine,En pire point qu’en quartaine,Ce me soustendra au fortQue, se Dieux tost vous rameine,Oncques si joyeuse estraineN’ot dame, noble ou villaine,
Com j’aray, ne chastellaine,Quant tendray en mon demaineVous que j’aim sur tous très fort.
Si vous pri, ma vraye amour,Ma doulçour,Mon bien, ma paix, ma vigour,Mon retour,La riens que j’aime le mieulx,Qu’en tous lieuxGay, jolis, joieux tousjour,Sanz mal tour,Soyez et plein de baudour,Pour m’amour ; car se m’aist Dieux,Pour vous sera mon atourPar honnourGay, jolis, gent et joyeux.Si me tendray sanz tristourNe doulour ;Car voz amoureux bcaulz yeulzTous mes dieuxGariront par leur vigour.De vous venrti la savourPar quoy mes jours seront tieulx.
Amis, de mes maulx le mire,Qui sanz yreMe tenez et sanz deffrire,De qui les grans biens tauxesNe pourroient ne pensezEstre, car tout lire a tire
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