Biographie

L’Autre monde

Pour te louer, moy fais vers drôlement(Moy qui n’en fais, sinon par fondement),Car autrement, moy ne puis reconnoistreTant d’amitié qu’à moy toy fais paroistre :Ecoute donc, toy louer grandement,Toy fais bien vers, toy moult as jugementToy ne fuis fille et bois aucunement,Toy bon amy ; voudrois moy grand poète estre__________Pour te louër.

Mais moy (Grand est !) point ne fais compliment,Car moy ne peux ; ains diray seulementQu’il n’est plus vray qu’aprentif n’est pas maistre,Puisque ton coup d’essay me fait connoistre,Que moy n’ay pas assez d’entendement__________Pour te louër.

D’où diable me vient cette humeur !Mon âme n’est-elle point dupée ?Moi qui ne suis qu’un escrimeur.Suis-je bien devenu rimeur ?Où ma verve est-elle occupée,Et faut-il dans cette rumeurJoindre ainsi la plume à l’épée ?…

Ha, ha, je vous tiens Mazarin.Esprit malin de notre France,Qui pour obséder son destinFaites le soir et le matinMain basse dessus sa pitance.Au coup vous serez bien finSi vous évitez la potence…

Vos malices ont eu leur coursPuisque par toute la nature,Vous avez fait cent mauvais tours,Vous avez finé tous les joursEt Créateur et créature,Et vous avez fait à reboursLe gaillard péché de luxure.

C’est où vous êtes trop savant,Cardinal à courte prière ;Priape est chez vous à tout vent,Vous tranchez des deux bien souventComme un franc couteau de tripière,Et ne laissez pas le devantSans escamoter le derrière…

Effroyables auteurs de nos calamités,Ennemis de la paix qu’on nous faisoit attendre,Superbes criminels qu’on ne peut plus défendreDes maux que nous souffrons, et que vous méritez.

Quels désordres nouveaux aviez-vous médités ?Quel bien dans nos maisons vous restoit-il à prendre ?Et voulez-vous enfin mettre l’État en cendre,Après l’avoir saigné presque de tous côtés ?

Ne vous flattez plus tant, misérables impies,Ne vous déguisez plus, dangereuses Harpies,La Fortune pour vous n’aura plus rien de beau.

Le Justice après vous, jour et nuit occupée,Pour vous mieux reconnoistre a rompu son bandeau,Et pour vous mieux punir a repris son épée !

Les enfants immortels du cuivre et du burin.Ces hommes que la paix engendre dans la guerre,(Si j’ose ainsi parler sans respect du tonnerre).____Verront périr le genre humain !____Car Dieu fit des hommes de terre ;____Et tu fais des hommes d’airain.

______Accepte ces six méchants vers______Que ma main t’écrit de travers______Tant en moi la frayeur abonde,Et permets qu’aujourd’hui j’évite ton abord______Car autant qu’une affreuse mort__Je crains les Gens de l’Autre Monde.

Un esprit qu’en son vol nul obstacle n’arrête,Découvre un Autre Monde à nos ambitieuxQui tous également respirent sa conquête,Comme un noble chemin pour arriver aux Cieux.

Mais ce n’est point pour eux que la Palme s’apprête,Si j’étois du Conseil des Destins et des Dieux,Pour prix de ton audace on chargerait ta têteDes couronnes des Bois qui captivent ces lieux.

Mais non, je m’en dédis, l’inconstante FortuneSemble avoir trop d’empire en celui, de la Lune,Son pouvoir n’y paroît que pour tout renverser.

Peut-être verrois-tu dans ces demeures mornesDès le premier instant ton État s’éclipserEt du moins chaque mois en rétrécir les bornes ?

J’eusse fait un plus long ouvrageSur ce grand et fameux voyage,Dont ton livre nous fait rapport ;Mais ma veine la plies fécondeSe glaceroit à ton abord,Et déjà je me juge mortÀ voir les gens de l’Autre monde.

Tes amis et tes envieux,Ouvrant ton livre glorieuxN’ouvrent la bouche que pour rire,Et confessent égalementSoucidas qu’on ne peut écrireDes vers plus ridiculement.

…… Don Zapata PascalOu Pascal Zapata, car il n’importe guèreQue Pascal soit devant ou Pascal soit derrière.

Apollon ressentit des atteintes mortelles,Et souffrit des douleurs pires que le trépas,Lors qu’il vit saccager et piller aux soldatsCe qu’il avoit bâti de ses mains immortelles.

Pour se venger des Grecs, perfides et rebelles,Qui publioient sa honte en chantant leurs combatsEt qui mirent deux fois ses murailles à bas,Il en vient de bâtir qui seront éternelles.

Maintenant qu’il a fait un ouvrage si beauQui rétablit sa gloire, et met l’autre au tombeau.On ne peut exprimer son plaisir et sa joie :

Il voit que les mortels enchantés de ta voixNe daignent plus ouïr tous les Poètes Grégeois,Ni tout ce qu’ils ont dit de la prise de Troye.

Jeudi, quantité de bouteillesContenant des boissons vermeilles,Firent joyeusement glou glouEn l’Hôtel du duc d’Arpajou,Qui d’une chère sans secondeTraita quantité de beau monde.Tout y fut assez jovial,Car la comédie et le balQui suivirent cette abondanceDivertirent fort l’assistance.

Le vol est trop hardi que mon cœur se proposeIl veut peindre un soleil par les Dieux animé,Un visage qu’Amour de ses mains a forméOù des fleurs du Printemps la jeunesse est éclose.

Une bouche où respire une haleine de roseEntre deux arcs flambans d’un corail allumé,Un balustre de dents en perles transformé.Au devant d’un palais où la langue repose :

Un front où la pudeur tient son chaste séjourDont la table polie est le trône du jour ;Un chef-d’œuvre où s’est peint l’Ouvrier admirable :

Superbe, tu prétends par dessus tes efforts !L’éclat de ce visage est l’éclat adorable.De son âme qui luit au travers de son corps.

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