La Religieuse

Chants populaires de la Basse-Bretagne

Il y a trois nuits que je n’ai dormi goutte,Et cette nuit je ne le ferai pas encore,(Je ne fais) qu’embrasser mon oreiller,Et songer que mon doux (ami) est près de moi.………………………………………………………………

Elle n’était âgée que de treize ans,Quand elle eut un chapelet,Un chapelet de cinq dizaines,Pour le porter en l’honneur de la Vierge.

Une chapelle était près d’elle (de sa demeure),Nommée la chapelle du Mur-Blanc,Et elle songea dans son cœur,À s’y rendre, pour prier.

Un jeune clerc, en passant,Remarqua la lumière ;Remarqua la lumièreDe Marie en prière.

Et il lui prit la fantaisieD’aller lui parler, dans la chapelle :— Salut à vous, ma douce Marie,Voudriez-vous venir à la maison avec moi ?

— Oh ! oui, dit-elle, mon serviteur ;Puisque vous êtes arrivé, j’irai à la maison ;Pour une fois je ne vous refuserai pas.Mais je vous en prie, une autre fois ne venez pas.

Comme ils allaient par le chemin,Il lui donna une bague :— Je ne prendrai pas de bague, aujourd’hui,Ni n’en mettrai sur mes doigts ;

Si ce n’est l’anneau de la part de DieuQui est entre nous, nuit et jour.Comme ils allaient par le chemin,Il s’élève entr’eux des propos de fiançailles.

— Je ne me fiancerai pas, cette année,Ni davantage l’année prochaine ;Ni l’année prochaine, ni jamais,Il faut que je me fasse religieuse.

Quand le jeune clerc entendit (cela),Il a demandé à faire ses adieux.— Si vous demandez à faire vos adieux.Voici ma main et faites vos adieux ;

Voici ma main et faites vos adieux,Car pour mon visage, vous ne le baiserez pas ;Vous ne baiserez pas davantage mon visage,Le temps des amours est passé.

La fille Marie disaitÀ sa mère, en arrivant à la maison :— Si vous voulez me donner mon bien,J’irai avec au couvent ?

— Comment, dit-elle, ma fille Marie,Comment aller au couvent ?Comment aller au couvent,Une fille si jolie que vous !

J’ai fait assez de saintes gens,Puisque j’ai fait trois prêtres ;Puisque j’ai fait trois prêtres,Dans un collège de Saint-Brieuc.

Votre sœur aînée est religieuse,Dans le grand couvent de Saint-François,Et vous, dit-elle, ma fille Marie,Il vous faudra consentir à vous marier.

Quand la fille Marie entendit (cela),Elle se mit à pleurer ;Elle sortit de la maison,Et vit la Vierge Marie :

— Consolez-vous, Marie, ma filleule,Je vous ferai vraie religieuse.— Religieuse je ne serai,Car ma mère ne le voudrait point….

— Consolez-vous, dit-elle, ma filleule,Vous serez une vraie religieuse ;Vous serez une vraie religieuse,Je serai votre avocate (protectrice).

Sept années entières elle a étéSans être vue par aucun chrétien (personne).Quand les sept ans furent accomplis,Son frère Dom Jean la vit ;

Il la vit dans le jardin,Parmi les herbes et les fleurs.Son frère Dom Jean disaitÀ sa mère, en arrivant à la maison :

— Que donneriez-vous, ma mère,Pour voir encore votre fille Marie ?— Je donnerais avec elle tous mes biens,Si elle voulait consentir à se marier.

— Vous m’étonnez, ma mère,(Quand je vois) combien vous êtes sotte avec les pompes du monde ;Comment marier une jeune filleQui a sur la tête la couronne ?….

Cruel eût été le cœur de celui qui n’eut pleuréS’il eût été dans le jardin.En voyant la Vierge MarieQui embrassait la fille Marie !

Elle est allée à la joie (éternelle),Puissions-nous y aller tous !…

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