Avis sur la prononciation provençale

Mireille

AVISSUR LA PRONONCIATION PROVENÇALE

Afin d’aider le lecteur étranger à la langue provençale à lire le texte du poëme, nous allons dire ici brièvement en quoi la prononciation provençale diffère de la prononciation française.

En Provençal, on prononce toutes les lettres, et, sauf les exceptions suivantes, on les prononce comme en Français.

Le g devant un e ou un i, et le j, se prononcent dz. Ainsi gemi, gibous, image, jalous, doivent se prononcer dzemi, dzibous, imadze, dzalous.

Ch se prononce ts, comme dans le mot espagnol muchacho, Ainsi charra, machoto, chima, se prononcent tsarra, matsoto, tsima.

Passons aux voyelles.

A, désinence caractéristique du féminin dans l’ancienne langue romane, est, dans cet emploi, remplacé aujourd’hui par o.

L’o final représente donc en Provençal l’e muet des Français, l’a final des Italiens et des Espagnols.

E sans accent, ou surmonté d’un accent aigu, se prononce comme l’e fermé français ; ainsi les e de teté, de devé, sonnent, à peu de chose près, comme ceux de été, vérité.

È, surmonté de l’accent grave, comme dans nè, vengué, se prononce ouvert.

L’e ou l’i, quoique suivis de consonnes, comme dans sacramen, vin, emperaire, conservent toujours leur son alphabétique.

Voici maintenant les règles de l’accent tonique :

1 Dans les mots terminés simplement par e ou par o, l’accent tonique porte sur la pénultième : ainsi ferramento, capello, fèbre, se prononcent exactement comme les mots italiens ferramento, capello, febbre.

2 Lorsqu’il se trouve, dans le corps des mots, une syllabe accentuée, il porte généralement sur cette syllabe ; exemple : tóuli, armàri, cachafiò, argènt, avé.

3 Il porte sur la dernière syllabe dans tous les mots terminés par un a, un i, un u, ou une consonne ; exemple : verita, peri, vengu, pichot, resoun.

Cette dernière règle a une exception : dans les personnes des verbes terminées par es ou par on, comme anaves (tu allais), que digues (que tu dises), courron (ils courent), sabon (ils savent), l’accent tonique porte sur la pénultième.

Il existe en Provençal des diphthongues et des triphthongues, mais les voyelles y conservent toujours leur valeur propre. Dans les diphthongues, la voix doit dominer sur la première voyelle, comme en Italien ; ainsi : mai, rèi, galoi, doivent se prononcer màï, rèï, galòï. Dans les triphthongues, comme biai, pièi, vuei, niue, la voix doit dominer sur la voyelle intermédiaire, tout en faisant sentir les autres.

La voyelle u se prononce comme en Français, excepté lorsqu’elle suit immédiatement une autre voyelle ; dans ce dernier cas, elle prend le son ou. Ainsi, dans les diphthongues au, èu, òu, et dans les triphthongues iau, iéu, iòu, prononcez àou, èou, òou, iàou, iéou, iòou.

Cette règle a été constamment suivie par les Troubadours classiques.

On vient de voir que les sons èu, òu, iéu, iòu, sont accentués : c’est afin de les distinguer des sons eu et ou, qui existent aussi dans la langue d’Oc (comme dans Enfant Jeuse, enfant Jésus, tout, urous, mounde, etc.) ; c’est encore pour montrer que le son doit être plus ou moins ouvert ou fermé, selon que l’accent est grave ou aigu.

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