L’Alouette
Poésies de Frédéric Monneron
« J’ai dépassé le peuplierQue la brise humide et plaintiveIncline, argente et fait plierSur les eaux calmes de la rive.
» J’ai surmonté le vert coteau,La source et les moelleux ombragesDont la tourelle du châteauVoile ses antiques vitrages.
» J’ai dépassé ce roc plus fier,Où la cascade qui se dore,
De son nuage blanchit l’air,Autour du gouffre obscur encore.
» Salut ! beau ciel ! libre, perlé !Ciel nuancé d’or et d’opale !De là-haut le lac est voilé !Les blés sont gris, le monde est pâle !
» Mon léger vol toujours poursuitLa lueur tendre et matinale,Les dernières ondes du bruit,La rêveuse étoile qui luitLa nuit.
» Ma voix limpide et pureCoule des sons d’amour,Même avant la natureJe vole vers le jour.Mon aile qui scintilleFend l’air !Je frétilleEt grésilleDans l’éther !
» Mais soudain j’ai vu le zéphyre,Fatigué de suivre mon vol,
S’asseoir au ciel et me sourireEt dire :« Petit oiseau, n’es-tu pas fol,» Oh ! bien fol de risquer ton aile» Si loin dans la voûte éternelle,» Trop haut,» Trop tôt ?
» Par delà le ciel qui s’azure» La nuit s’ouvre, je te l’assure,» Mugissante, insondable, obscure.» Petit oiseau, descends, descends,» Pendant qu’il en est encor temps ! »Mais l’alouette et la jeune ameOnt trop d’amour et trop de flammePour demeurer en bas,Hélas !
Oh ! n’embrassons pas tant d’espace,Jeunes esprits, joyeux oiseaux,Car les cieux même ont des tombeauxPour qui nourrit trop son audace !
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