Robert le Mineur

Poésies de Frédéric Monneron

Creusez, jeune ouvrier… Dans la nuit souterraineLe vent du ciel apporte un parfum de printemps.L’air est bleu, l’air est frais, remontez vers la plaine ;Là, peut-être l’amour vous pleure dès longtemps.

« Bientôt je reverrai la blonde Éléonore, »Se disait le pâle Robert ;Et dans ce vague espoir, il creuse, il creuse encore ;La roche éclate sous son fer.Dans ce vivant cercueil son œil noir étincelle,Comme s’il devinait les cieux ;Puis, s’essuyant le front, il dit : « Elle est trop belle ; »Et des pleurs voilent ses grands yeux.

Pleurez, jeune ouvrier. Dans la nuit souterraineLe vent du ciel apporte un parfum de printemps ;L’air est bleu, l’air est frais ; mais, hélas ! dans la plaineLes premières amours ne durent pas longtemps !

Pour un nouvel hymen, l’airain dans la chapelleChante son hymne aérien :La blonde Éléonore aurait été fidèle ;Mais un comte a reçu sa main.La foule qui s’empresse à l’église s’étonneDe voir pâlir un front si beauSous les fleurs de l’hymen, comme si la couronneEût mieux fleuri dans le tombeau.

Creusez, jeune ouvrier. Dans la nuit souterraineLe vent du ciel apporte un parfum de printemps ;L’air est bleu, l’air est frais ; mais oubliez la plaine :Les premières amours n’y durent pas longtemps.

Un soir, rêveuse et pâle, Éléonore assiseBerçait le fruit de son amour.Et le comte lui dit : « Permettez que je lise» La seule aventure du jour :» Dans la mine prochaine, aujourd’hui l’on publie» Qu’un roc a croulé par malheur.» Mais l’on m’a rassuré. Nul n’a perdu la vie,» Excepté Robert le Mineur. »

Dors bien, jeune ouvrier… Dans la nuit souterraineL’avenir te prépare un éternel printemps.Adieu, l’air est encor frais et bleu dans la plaine ;Mais les anges du ciel t’aimeront plus longtemps.

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