Somnolence

Le Parnasse contemporain — 1869

Des vases blancs & bleus sur leurs tiges dorées,Droits, & fiers de la pourpre exotique des fleurs ;Une lampe d’albâtre avivant ses pâleurs,Clair de lune neigeux & calme des soirées ;

Des panneaux, où la main féminine agrafaSur le satin, lamé d’or & d’argent, des armes ;Un sachet, exhalant la fleur des anciens charmesDans l’ondulation soyeuse du sopha ;

Un miroir de Venise ; & sur la table frêle,Bois d’ébène incrusté de nacre qui reluitAux rougeurs des tisons expirant dans la nuit,Une théière, un livre ouvert, une aquarelle ;

Peint de chaudes couleurs, un vitrail pressentiDerrière les plis blancs d’un long rideau qui traîne ;Ton sourire partout, solitude sereine !C’est là ce que je veux connaître, anéanti.

Je goûterai, plongeur revenu des vertiges,A flots d’or l’onction chaleureuse des soirs,Évoquant dans les lourds parfums des encensoirsMon Rêve sans couleur, sans forme & sans prestiges.

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