Les Alpes ou l’Italie

Poésies diverses

XVIILES ALPES OU L’ITALIE.

1822.

Donc reconnoissez-vous au fond de vos abîmesCe voyageur pensif,Au cœur triste, aux cheveux blanchis comme vos cimes,Au pas lent et tardif ?Jadis de ce vieux bois, où fuit une eau limpide,Je sondois l’épaisseur.Hardi comme un aiglon, comme un chevreuil rapide,Et gai comme un chasseur.Alpes, vous n’avez point subi mes destinées !Le temps ne vous peut rien ;Vos fronts légèrement ont porté les annéesQui pèsent sur le mien.Pour la première fois, quand, rempli d’espérance,Je franchis vos remparts.Ainsi que l’horizon, un avenir immenseS’ouvroit à mes regards.L’Italie à mes pieds, et devant moi le monde,Quel champ pour mes désirs !Je volai, j’évoquai cette Rome fécondeEn puissants souvenirs.Du Tasse une autre fois je revis la patrie :Imitant Godefroi,Chrétien et chevalier, j’allois vers la SyriePlein d’ardeur et de foi.

Ils ne sont plus ces jours que point mon cœur n’oublie,Et ce cœur aujourd’huiSous le brillant soleil de la belle ItalieNe sent plus que l’ennui.Pompeux ambassadeurs que la faveur caresse,Ministres, valez-vousLes obscurs compagnons de ma vive jeunesseEt mes plaisirs si doux ?Vos noms aux bords riants que l’Adige décoreDu temps seront vaincus,Que Catulle et Lesbie enchanteront encoreLes flots du Bénacus.Politiques, guerriers, vous qui prétendez vivreDans la postérité,J’y consens : mais on peut arriver sans vous suivre,À l’immortalité.J’ai vu ces fiers sentiers tracés par la Victoire,Au milieu des frimas.Ces rochers du Simplon que le bras de la GloireFendit pour nos soldats :Ouvrage d’un géant, monument du génie,Serez-vous plus connusQue la roche où Saint-Preux contoit à MeillerieLes tourments de Vénus ?Je vous peignis aussi, chimère enchanteresse.Fictions des amours !Aux tristes vérités le temps, qui fuit sans cesse,Livre à présent mes jours.L’histoire et le roman font deux parts de la vie,Qui si tôt se ternit :Le roman la commence, et lorsqu’elle est flétrieL’histoire la finit.

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