Le Soir, dans une vallée

Tableaux de la nature

IV.LE SOIR, DANS UNE VALLÉE.

Déjà le soir de sa vapeur bleuâtreEnveloppoit les champs silencieux ;Par le nuage étoient voilés les cieux :Je m’avançois vers la pierre grisâtre.Du haut d’un mont une onde rugissantS’élançoit : sous de larges sycomores,Dans ce désert d’un calme menaçant,Rouloient des flots agités et sonores.Le noir torrent, redoublant de vigueur,Entroit fougueux dans la forêt obscureDe ces sapins, au port plein de langueur,Qui, négligés comme dans la douleur,

Laissent tomber leurr longue chevelure,De branche en branche errant à l’aventure.Se regardant dans un silence affreux,Des rochers nus s’élevoient, ténébreux ;Leur front aride et leurs cimes sauvagesVoyoient glisser et fumer les nuages :Leurs longs sommets, en prisme partagés,Étoient des eaux et des mousses rongés.Des liserons, d’humides capillaires,Couvroient les flancs de ces monts solitaires ;Plus tristement des lierres encorSe suspendoient aux rocs inaccessibles ;Et contrasté, teint de couleurs paisibles,Le jonc, couvert de ses papillons d’or,Rioit au vent sur des sites terribles.Mais tout s’efface, et surpris de la nuit.Couché parmi des bruyères laineuses.Sur le courant des ondes orageusesJe vais pencher mon front chargé d’ennui.

Comments

Loading comments…