Tristement

TRISTEMENT

Obsédé par ces mots, le veuvage et l’automne,Mon rêve n’en veut pas d’autres pour exprimerCette mélancolie immense et monotoneQui m’ôte tout espoir et tout désir d’aimer.Il évoque sans cesse une très longue alléeDe platanes géants, dépouillés à demi,Dans laquelle une femme en grand deuil et voiléeS’avance lentement sur le gazon blêmi.

Ses longs vêtements noirs lui faisant un sillageTraînent en bruissant dans le feuillage mort ;Elle suit du regard la fuite d’un nuageSous le vent déjà froid et qui chasse du nord.Elle songe à l’absent qui lui disait : Je t’aime !Et, sous le grand ciel bas qui n’a plus un rayon,S’aperçoit qu’avec la dernière chrysanthèmeHier a disparu le dernier papillon.Elle chemine ainsi dans l’herbe qui se fane,Bien lasse de vouloir, bien lasse de subir,Et toujours sur ses pas les feuilles de plataneTombent avec un bruit triste comme un soupir.— En vain, pour dissiper ces images moroses,J’invoque ma jeunesse et ce splendide été.Je doute du soleil, je ne crois plus aux roses,Et je vais le front bas, comme un homme hanté.Et j’ai le cœur si plein d’automne et de veuvageQue je rêve toujours, sous ce ciel pur et clair,D’une figure en deuil dans un froid paysage,Et des feuilles tombant au premier vent d’hiver.

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