Lettre du marquis de La Fare, l’abbé Courtin, et M. Rousseau, de Neuilli, en 1707

Du bord paisible où la SeineLasse du bruit de Paris,Ses ondes lentes promeneDans des prés verds & fleuris ;De ces lieux que tu chéris,Que de la docte NeuvaineFréquentent les favoris,Et qui des fruits de ta veineReçoivent un nouveau prix,Cher Abbé, je t’avertisQue les figues par douzaine,Les melons les plus exquisVont rafraîchir ma bedaine ;Et qu’ainsi le temps préfixAuquel doit finir la peineOù ton absence m’a mis,Étant expiré du dix,Je compte que la semaine

Mettra fin à mes ennuis.C’en est assez d’une haleine ;Courtin prend la plume, & puisRousseau fermera la scene.

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Entre deux fameux Poëtes,Tels que la Fare & Rousseau,Faut-il mêler les sornettesQui partent de mon cerveau,Et qu’au nombre des cadettesMa Muse encor au berceau,S’ose mettre de niveauPour vous chanter vos goguettes ?Ma foi vivent les Sonnings,À la Ville, à la Campagne,Où les plaisirs, les bons vins,Le Morachet, le Champagne,Tour à tour dans leurs festins,Cher Abbé, les accompagne ;Et même ces Dieux badinsDont tu connois bien la Mere,Et que jusqu’en ses confinsBouillon mene de Cythere ;N’est-ce pas t’en dire assez ?Que si tu veux davantageDe ces Vers entrelassés,Rousseau va finir l’Ouvrage.

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Tant qu’a duré l’influenceD’un Astre propice & doux ;J’ai senti de ton absencePlus d’ennui que de courroux.

Je disois : je lui pardonneDe préférer les beautésDe Palès & de PomoneAu tumulte des Cités.

Ainsi l’Amant de GlycereÉpris d’un repos obscur,Cherchoit l’ombre solitaireDes rivages de Tibur.

Mais, aujourd’hui qu’en nos plainesLe chien brûlant de Procris

De Flore aux douces haleinesDesseche les dons chéris :

Veux-tu d’un astre perfideRisquer les âpres chaleurs,Et dans ton jardin arideSécher ainsi que tes fleurs ?

Crois-moi ; suis le doux exempleDe tes amis Casaniers,Er reviens chercher au TempleL’ombre de tes marronniers.

La nous trouverons sans peineAvec toi le verre en main,Cet homme que DiogeneChercha si long-temps envain ;

Et dans la douce allégresseDont tu sais nous abreuver,

Nous puiserons la sagesse,Qu’il cherchoit, sans la trouver.

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