La prise de Marseille I (Malherbe)

Enfin, après tant d’années,Voici l’heureuse saisonOù nos misères bornéesVont avoir leur guérison.Les dieux, longs à se résoudre,Ont fait un coup de leur foudreQui montre aux ambitieuxQue les fureurs de la terreNe sont que paille et que verreA la colère des cieux

Peuples, à qui la tempêteA fait faire tant de vœux,Quelles fleurs à cette fêteCouronneront vos cheveux ?Quelle victime assez grandeDonnerez-vous pour offrande ?Et quel Indique séjourUne perle fera naîtreD’assez de lustre pour êtreLa marque d’un si beau jour ?

Cet effroyable colosse,Cazaux, l’appui des mutins,A mis le pied dans la fosseQue lui cavoient les destins.Il est bas, le parricide :Un Alcide, fils d’Alcide,A qui la France a prêtéSon invincible génie,A coupé sa tyrannieD’un glaive de liberté.

Les aventures du mondeVont d’un ordre mutuel,Comme on voit au bord de l’ondeUn reflux perpétuel.L’aise et l’ennui de la vieOnt leur course entresuivie

Aussi naturellementQue le chaud et la froidure ;Et rien, afin que tout dure,Ne dure éternellement.

Cinq ans Marseille, voléeA son juste possesseur,Avoit langui désoléeAux mains de cet oppresseur.Enfin le temps l’a remiseEn sa première franchise ;Et les maux qu’elle enduroitOnt eu ce bien pour échange,Qu’elle a vu parmi la fangeFouler ce qu’elle adoroit.

Déjà tout le peuple moreA ce miracle entendu ;A l’un et l’autre BosphoreLe bruit en est répandu :Toutes les plaines le saventQue l’Inde et l’Euphrate lavent ;Et déjà, pâle d’effroi,Memphis se pense captive,Voyant si près de sa riveUn neveu de Godefroy.

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