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Manuel et itinéraire du curieux dans le cimetière du Père la Chaise

Du paisible sommeil de la douce innocence,Dans ce triste berceau, tu dors, ô mon enfant !Écoute, c’est ta mère, ô ma seule espérance !Réveille-toi, jamais tu ne dors si long-temps !!!

Notre soin était chaque jourDe t’aimer, de charmer la vie ;Tu meurs, mais tu restes chérie :La mort ne peut rien sur l’amour.

O mort ! puissante mort ! quelle est ton éloquence !Quelles hautes leçons profère ton silence !Homme ! regarde un corps livide, inanimé,Une cendre ! Et voilà cet objet tant aimé !O faiblesse ! ô néant des passions humaines !Un jour tu me suivras au ténébreux domaine.

Puisse un même cercueil alors nous recevoir !Peut-être deux amans, égarés quelque soirAux douteuses clartés de l’astre solitaire,S’arrêteront, saisis d’un trouble involontaire ;Penchés sur le tombeau, les bras entrelacés,Ils liront nos revers sur la pierre tracés :« Ils s’aimaient comme nous, diront-ils, et peut-être,De la terre comme eux nous allons disparaître… »

Actif, intelligent, plein de goût et d’adresse,Il fut, aimant les arts, le premier dans le sien ;Sensible et généreux, son cœur goûta l’ivresseDu bonheur, du génie et de l’homme de bien.

Il descend dans la tombe en conjurant l’effetD’un métal meurtries ; poison lent et funesteSon corps déjà n’est plus, mais sa vertu nous reste,Et son dernier soupir est encore un bienfait.

Un fils d’Anacréon a fini sa carrière ;Il est dans ce tombeau pour jamais endormi :Les enfans des beaux-arts sont privés de leur frère ;Les malheureux ont perdu leur ami !

Français, de son dernier soupirIl a salué la patrie :Le même jour a vu finirSes maux, son exil et sa vie.

Nourri par les vertus, formé par la nature,Son cœur fut généreux et son âme était pure ;

Il aimait à compter les jours par set bienfaits ;Ses amis compteront les leurs par leurs regrets.

Ici dort, à l’abri d’un simple monument,Une amie, une épouse, une mère chérie,Qui du bonheur des siens fit celui de sa vie,Et fut riche des dons versés sur l’indigent.

Hier, quand de ses jours la source fut tarie,La France, en le voyant sur sa couche étendu,Implorait un accent de cette voix chérie…Hélas ! au cri plaintif jeté par la patrie,C’est la première fois qu’il n’a pas répondu.

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