À l’honneur de l’incomparable Sylvie
Les Amours de Tristan
SÇAVANTES Filles de Memoire,Qui d’vn eſpoir de gloireSur voſtre double Mont flatez les beaux eſprits ;Ie n’ay point de regret d’auoir ſuiuy vos traces,Et vous rens mille gracesDes celeſtes ſecrets que vous m’auez apris.
Sans doute mes vers ſont plus raresQue ceux de ces Barbares,Qui pour vous obliger font d’inutiles vœux :Et certain deſormais qu’ils ont de l’excellence,Ie puis ſans inſolencePermettre qu’vn Laurier me preſſe les cheueux.
Quelle plume au ſiecle où nous ſommesDu ſimple aduœu des hommesPourroit auec raiſon flater ſa vanité ?Et ie voy toute-fois, que ma fortune eſt telleQu’vne voix immortelleAſſeure mes eſcrits de l’immortalité.
Mes chanſons ont charmé l’oreilleD’vne ieune MerueilleDont l’aimable préſence enchante tous les cœurs :Elle trouue en mon ſtile vne douceur extrémeEt confeſſe elle meſmeQue i’ay beaucoup de grace à monſtrer ſes rigueurs.
Certes, ſes bontez ſont eſtranges ;Ie n’ay mis ſes loüangesQu’au Tableau que i’ay fait des rigueurs de ſes loix :Cependant à ma gloire elle dit mille choſesD’vne bouche de RoſesQui pourroit d’vn ſeul mot fauoriſer des Rois.
Il faut confeſſer que SyluieEſt la honte & l’enuieDe tout ce que l’on void de parfaites Beautez :Et que ce rare obiect a bien plus d’aduantageSur le plus beau viſageQue le Soleil n’en a ſur les moindres clartez.
Mais ſes vertus incomparablesSont vrayment adorables ;Rien n’eſt égal aux dons qu’elle a receus des Cieux :Et quelque doux apas que tout le monde y loüe,Il faut que l’on auoüe,Que ſon ame eſt encore plus belle que ſes yeux.
Maiſtres de la Terre & de l’Onde,Venez du bout du MondeVoir ſes beautez ſans nombre & ſans comparaiſon :Amour eſt mon teſmoin, ſi ie dis que ſes flamesEn ſurprenant vos ames,Ne leur ſçauroient donner de plus belle priſon.
Comments
Loading comments…