Le triomphe d’Iris

Les Amours de Tristan

LES foudres qui grondoient auec tant d’inſolenceCeſſent leur violence ;Les flots paroiſſent adoucis,Et le diuin pouuoir qui regiſt toutes choſesSemble ſe preparer à nous donner des roſesApres tant de ſoucis.

Malgré tous les efforts qu’a pû faire l’EnuiePour affliger ſa vie,Yris triomphe du mal-heur.Le ſort pour ſon ſujet n’a plus rien de funeste ;Et de tous nos ennuys, maintenant il ne reſteQue ma ſeule douleur.

Mais le digne ſujet dont ma peine eſt cauſéeMe la rend trop aiſée

Pour en vouloir la gueriſon :Et le charme eſt ſi doux qui mon Ame poſſede,Que dans cette langueur i’eſtime tout remedePire que du poiſon.

Les plus ſuperbes Rois qu’enuironne la Gloire,Et que ſuit la VictoirePar tout où marche leur courroux,Fuſſent-ils eſleuez dans l’humeur la plus vaineNe pourroient obſeruer le ſujet de ma peineSans en eſtre ialoux.

Le deshonneur que fait le beau teint que i’adoreÀ celuy de l’Aurore,Leur feroit receuoir ſa loy.Ils poſeroient leur Sceptre aux pieds de cette BelleEt quitteroient l’honneur de commander comme elle,Pour ſeruir comme moy.

L’or de ſes blonds cheueux qu’eſmeut vn doux ZephireVaut celuy d’vn Empire,Leur eſclat n’a point de pareil.Ils ſemblent composez d’vne flame immortelle,Et c’est auec raiſon que chacun les appelleLes Rayons d’vn Soleil.

C’eſt auec du peril que les Marchands auaresAux riuages BarbaresFrequentent auec tant de ſoing :Sans pratiquer les vents & les ondes traiſtreſſes,Ie treuue depuis peu beaucoup plus de richeſſesEt ne vay pas ſi loing.

Graces aux doux apas dont Yris eſt pourueuë,Ie contante ma veuë,De tous les biens les plus charmans :Ie voy mille treſors en ſes beautez diuines,Sa bouche eſt de Rubis, ſes dents de Perles fines,Ses yeux de Diamans.

Le reſte de ce corps dont ie ſuis idolatreEſt de viuant Albaſtre,Animé d’vn eſprit des Cieux ;Si bien que l’on y trouue vn concert de Merueilles,Qui rauiſſent les cœurs & charment les oreillesAußi bien que les yeux.

Arbitres des Mortels, Puiſſances ſouueraines,Renforcez bien mes chaines,

Cette captiuité me plaiſt :Ie ne demande point de fortune meilleureQue de bruſler touſiours, pourueu qu’Yris demeureAu meſme eſtat qu’elle est.

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