Bagages

Les Chansons des trains et des gares

Bout-ci, bout-là, ou bien en pile,(Fragile !)Dans le fourgon on les empile,ValisesRecouvertes de toile grise,Chapelières, paniers d’osier,Dont d’HozierReconnaîtrait et saluerait les initiales,Mais qu’ignorent les employés,Qui ne sont pas monsieur Crozier,Et qui, voyant sur une malleF. F.,

S’en ficheraient comme de nèfles ; —Ouste ! cantines d’officier ;Malles rurales,Dont le bois blanc s’orne de poils ;Étuis, où l’on met ces chapeauxQue l’on compare à des tuyauxDe poêle ;Plates, mais innombrables caissesDes représentants de commerce,Et de notre gaîté française ; —Sans précautions inutiles,Au fourgon en pile s’empilent,(Fragile !) —

On s’installe du mieux qu’on peut ;Pour faire ensemble un long voyage,Il faut bien s’entr’aider un peu,(Qu’importe la roture ou qu’on ait le sang bleu !)Entre bagages…

D’ailleurs, tous sont bien vite unisDans un commun sentiment de mépris

Pour une pauvre bicycletteQu’ils voient dans un coin, et lui jettentD’ironiques regards, l’accablent de lazzis :— Hou ! madame la Bicyclette,Hou ! hou !Que vous nous faites de la peine !Vraiment, si nous avions des rouesComme vous,Nous aurions honte qu’on nous traîne ! —

Et sournoisement chacun useDe rusePour venir bousculer l’intruse :

Trop heureux s’ils pouvaient briser à la pauvrette,Par hasard, un rayon ou deux,Ou, ce qui vaudrait mieux,Son pneu,Afin de lui bien mettre en têteQue les trains ne sont pas faits pour les bicyclettes.

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