Berceuse

Les Chansons des trains et des gares

Les employésMinistérielsOnt dû retirer leurs gilets,Tellement ils étaient mouillés,Leurs moites gilets de flanelle ;Et maintenant les employés ministérielsDorment accablésPar la canicule,Sur l’ébauche interrompue de leurs majuscules,Entre le pointEt la virgule :À poingsFermés,Dormez, dormez !

Dormez, dormez, ô directeur,Sous-directeur,Chef de bureau ;Et toi, sous-chef,Sur ton bureau,Une torpeurCourbe ton chef :Quelle chaleur,Ah ! Messeigneurs !Sous-chef, et chef,Sous-directeur,Et directeur, — dormez, dormez,À poings fermés !

Et vous, employés subalternes,— Il fait si chaudDans ce bureau !… —Vous délaissez vos dominos,Et le loto,Ternes, quaternes…Cherchez des posesConfortables :

Que sur la tableVos pieds se posent :Et si jamais un contribuableVenait demander quelque chose ;Dormez, dormez,À poings fermés — bureaux fermés !

Les bureaux ronflent et transpirentComme à plaisir,C’est un plaisir !Et faut-il direEn quels aimables déshabillés,Quelle simplicité exquise,Avec un abandon de miseÉlégant, et si familier,Ils reposent, nos employés,Sur la chemiseD’un dossierAppuyant leurs bras de chemise !Les bureaux ronflent et transpirent :Allons ! la France peut dormir !

J’ai rêvé d’un démon espiègle,

Par qui,Pendant cent jours, pendant cent nuits,Pendant des années, et des siècles,Les ministères demeureraient ainsiEndormis :

La République aurait sombré, les fleurs de lis,Écloses à nouveau, auraient fait place aux aigles ;

Puis quand une fée bienfaisanteLes aurait réveillés, les employés ministériels,Ils recommenceraient leurs besognes habituelles,Iraient émargerAu Budget,Et sans que nul trouvât la chose extravagante,Pleins d’un pareil respect des délais nécessaires,Ils reprendraient, comme naguère,Au même point, l’expédition des mêmes affaires

Courantes.

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