Les drames de l’amour

Les Chansons des trains et des gares

Je revois la grande salle claire, aux carreaux luisants,Les rideaux blancs,Et la table de bon accueil,Les chaises de paille, le fauteuilPour l’aïeul,Et le dressoir, ignorant de l’orgueilDes pesantes argenteries,Rustique, et mettant sa seuleCoquetterieÀ la gaîté des faïences fleuries.

Combien de fois les admirai-je, tout petit,Les tableaux qu’en homme d’esprit,Simple de goûts, mais d’un goût sûr,L’aimable maître du logisS’était complu, lui-même, à accrocher aux murs : —Un pauvre pêcheur qui a prisEn guise de poisson une vieille chaussure,(Le désappointement est peint sur sa figure ;)Et puis deux gros curés qui jouentAu piquet, ou bien au bésigue, — et l’on devine,Tant l’artiste, subtil, sut varier leur mine,Ou joviale, ou bien chagrine,Que l’un, en main, n’a rien du tout,Et que l’autre a tous les atouts :

Comme art d’expression, la peinture est divine !

Pourtant plus que les curés, plus que le pêcheur,Un spectacle me tenait au cœur ;Quand j’arrivais une angoisse étreignait ma gorge :Tout à l’heure,Tout à l’heure, quand sonnera l’heure,Le petit coq sortira-t-il encor de la grande horloge ?

Et c’était chaque fois allégresse nouvelle,Quand le petit coq sortait en effet, battant de l’aile.

Tant d’heures ainsi il m’a chantées,Souriantes, désenchantées,Berceuses mélancoliques, fanfares d’éveil,Heures de pluie et de soleil…

Et ce fut par un jour d’été, un jour chaud d’orage :La fermière du voisinage,Rubiconde, et rond le corsage,Passait, portant dans ses paniersLes fruits mûrs de ses espaliers,Et les œufs, et le bon laitage, —Et surtout, reine du marché,Que, bien sûr, allaient s’arracherToutes les cuisinières bourgeoises,Oh ! l’exquise petite poule cochinchindoise !…

— Vous vous reposerez un brin,Et vous goûterez de mon vin,Allons, sans faire de manières… —Ce n’est pas de refus, voisin,Dit la fermière.

Influence mystérieuse des temps d’orage…

La petite poule que l’on délaisse dans un coin,Pourquoi ? mais je n’ai pas besoinDe vous en dire davantage, —— Cott ! cott ! cott ! — a chanté la petite poule,— Cott ! cott ! cott ! —(Car c’est ainsi que les poules roucoulent…)

— Cott ! cott ! cott ! cott ! — entend le coq ;Un frisson agite son être :Cette voix,Il l’entend, c’est certain, pour la première fois,Et son cœur cependant a cru la reconnaître :— Poule, poule, il faut que je voieTon visage cochinchinois ! —Mais quoi,Point n’est le temps encor de mettre,Hélas ! le bec à la fenêtre ;Car le cadran implacable et méthodiqueIndiqueQu’il n’est pas l’heure de chanter :Il reste encor à patienter

Bien des minutes,Et dans la boîte il faut rester !— Zut ! —Pense à part lui, très irrité,Le petit coq ;(Oh ! toujours ce cott ! cott ! cott ! cott !…)

Influence mystérieuse des jours d’orage :Rouge de désir et de rage,Il piétine dans les rouages,Il s’empêtre,Il fait tant et si bien qu’à la fin l’un des poidsChoitMalheureusement sur sa tête, —Le temps qu’il ne trouvait, à venir, assez court,Amène son heure dernière :

Il ne faut pas songer à l’amourQuand on a des occupations régulières.

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