Postes

Les Chansons des trains et des gares

Trop humbles mes chansons et timide ma lyre,Pour direLes grands wagonsCouleur marron,Où fastueusement s’étaleNotre télégraphique, à la fois, et postaleAdministration ;

Mon ambition est moins haute,Et, c’est tout au plus si je l’ose,Lecteurs, je ne vous parleraiQue du petit compartiment de deuxième classe,

Qu’une plaque, ou une simple bande collée à la glaceOrne de cet avis discret,Sans le faire à la pose :POSTES.

Un vieil homme est dans le compartiment, la barbe grise,Une casquetteSur la tête,Et, très fréquemment, des lunettes ;Souvent, usant de libertésBien permises, en vérité,Surtout l’été,Il est en bras de chemise ;

Et, dans son compartiment de deuxième classe,L’homme classe, classe, classe.

Il paraît que ce n’est pas une sinécure :Que de fois l’ai-je aperçu, le camarade,Boire, pour reprendre des forces, à la régalade ;Mais les besognes dont il s’occupe sont obscures ;

(Et puis vous me direz aussi,Pour moi, du moins, c’est ma pensée,S’il ne ferait pas bien mieux tout ça chez lui,Tranquillement, à tête reposée ?)

À chaque station, sur le quai,Quelqu’un l’attend avec des sacs et des paquets :L’homme aux sacs serait-il un marchand de chiffons ?Mais non :Saluons son muscle crural.C’est le vaillant facteur rural !

Le facteur et le postierÉchangent un bonjour rapide et familier,Et des impressions intimes ;Puis, avant de se séparer :

— Dans mon sac, aujourd’hui, pas de lettre anonyme ;De l’argent que Monsieur BenoîtEnvoie(Quarante-huit francs) à sa tante ;

Enfin, cela ne peut durer,L’institutrice écrit encore à son curéDites au député que je lui parlerai, —

Cette fille est dégoûtante. —

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