L’Infini

La Poésie de Leopardi

Toujours tu me fus chère, ô déserte colline,Où la haie épineuse à l’âpre floraisonCache au regard l’espace et l’extrême horizon.Dans l’herbe assis, j’évoque en rêve, j’imagine,Derrière cette haie, où verdit le gazon,Des espaces sans borne, un surhumain silence,De l’absolu repos la morne somnolence.Le silence infini de cette immensitéVerse en moi les stupeurs de sa sérénité ;Et, percevant le bruit du vent dans les feuillages,J’oppose à cette voix ce silence éternel.Ô vide immesurable où roule en paix le ciel !

Alors me souvenant des siècles morts, des âgesDisparus, je compare aux stériles efforts,Aux vains bruits des vivants le silence des morts.D’un ineffable émoi mon âme est oppressée ;Et du néant humain sondant le gouffre amer,Dans cette immensité s’abîme ma pensée :Et doux m’est le naufrage en une telle mer.

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