Correspondance de Gustave Flaubert — Tome 8-9 — 1915

1915. À SA NIÈCE CAROLINE.

Nuit de samedi, 1 heure [6-7 décembre 1879.]

Il faut que je t’embrasse bien fort, ma chère fille, pour te remercier de ta bonne lettre d’hier. Continue à m’en envoyer de pareilles. Tu sais que Vieux a besoin d’être aimé et caressé, et son cœur n’a pas trop de pâture maintenant.

Tant que je travaille, ça va bien, mais les moments de repos, les entr’actes de la littérature ne sont pas tous les jours folâtres. Enfin je vois le terme de mon chapitre. Dans une quinzaine de jours, j’espère n’avoir plus que dix pages.

Quel temps ! quelle neige ! quelle solitude ! quel silence ! quel froid ! Suzanne a fait un paletot à Julio avec un de mes vieux pantalons. Il ne démarre pas du coin du feu. J’attends vendredi le Moscove. Viendra-t-il ?

Charpentier m’a envoyé 700 francs et me doit faire encore un autre envoi prochainement.

Si Bonnat est dur pour toi, c’est qu’il te considère beaucoup. Tant mieux ! Il te traite en confrère.

Comment peux-tu savoir ce qui se dit chez la bonne Princesse ? Voilà un mois que je lui dois une lettre. Mais je suis débordé. Je passerai ma journée demain rien qu’à écrire des lettres, dont cinq sur des livres qu’on m’a envoyés ! Tous ces hommages me deviennent une peste. J’ai tant de choses à lire ! et tant d’autres lignes à tracer !

Garde les livres et revues à mon adresse. C’est autant d’épargné.

Dis à Gertrude que je suis bien fâché de ne pas la voir. Repassera-t-elle par Paris au printemps ?

Il est temps d’aller se coucher.

Je t’embrasse bien fort.

Nounou.

Pas de Furet.

Personne sur le quai. Le facteur arrive à des heures fantastiques.

J’aime à croire que Putzel va mieux.

Et l’oxygène ?

Houzeau m’abandonne.

Naturellement.

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