Le carillon

Les Opalines

LE CARILLON

La place est provinciale et solitaire,La cathédrale rêve à ses morts,Et sur les dalles, couché par terre,Le soleil accablé lui-même s’endort.Comme l’âme vivante de ce grand somme,Le carillon se met à chanter ;Sa voix est tremblante, frêle en somme,Elle est — c’est beau — ce qu’elle a toujours été.Carillon, carillon, carillonne,Joyeusement dans ton beffroi, "’.Ô carillon, mon carillon, sonne,Que je n’entende plus que toi !

Il chante aujourd’hui, mais des heures anciennes,Des fêtes, des tristesses aussi,Il chante, hélas ! aux closes persiennesDont c’est, je soupçonne, le dernier souci.Et pourtant sa voix d’anecdotes est pleine,Sa voix douce au timbre pictural :Tous les quarts d’heure elle les égrenneDans le silence énorme et préfectural.Carillon, carillon, carillonne,Seul vivant restant du passé,Tu ranimes de ta voix qui sonneTous les beaux rêves trépassés.

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