Les Lys des Jardins des Reines

Translated from English by Marcel Proust

Sésame et les lys

« Car voyez ! ta loi ordonneQue mon amour soit manifestementxxx De te servir et honorer :Et ainsi fais-je ; et ma joie est parfaite,D’être accepté pour le serviteur de ta règle.

À peine reçu, je suis dans le ravissementDepuis que ma volonté est ainsi dresséeÀ servir, ô fleur de joie, ton excellence.Ni jamais, semble-t-il, rien ne pourra plus éveillerxxx Une peine ou un regret.Mais en toi prend son appui chacune de mes pensées et de mes sensationsParce que de toi toutes les vertus jaillissentxxx Comme d’une fontaine.Ce qu’il y a dans les dons que tu fais, c’est la meilleure et la plus profitable sagessexxx Avec l’honneur sans défaillance.

En toi chaque souverain bien habite séparémentRemplissant la perfection de ton empire.

Dame, depuis que j’ai reçu ta plaisante image dans mon cœur,xxx Ma vie s’est isolée

Dans une brillante lumière, au pays de vérité.Elle qui jusqu’alors, à vrai dire,Avait tâtonné au milieu des ombres d’un lieu obscurEt pendant tant d’heures et de joursAvait à peine gardé le souvenir du bien.Mais maintenant mon servageT’appartient, et je suis plein de joie et de repos.C’est un homme que de la bête sauvageTu as tiré, depuis que par ton amour je vis. »

Ah ! la femme prodigue — elle qui pouvaitÀ sa douce personne mettre son prixSachant qu’il n’avait pas à choisir, mais à payer,Comment a-t-elle vendu au rabais le Paradis !

Comment a-t-elle donné pour rien son présent sans prix,Comment a-t-elle pillé le pain et gaspillé le vin,

Qui, consommés l’un et l’autre avec une sage économie,De brutes auraient fait des hommes, et d’hommes des dieux. »

« Trois ans elle crût sous le soleil et l’ondée.Alors Nature dit : « Une plus aimable fleurSur terre ne fut jamais semée ;Cette enfant pour moi-même je prendrai ;Elle sera mienne, et je formeraiUne dame issue de moi seule.

Moi-même pour ma chérie je seraiÀ la fois la loi et l’impulsion ; et avec moiLa fillette, dans le rocher et dans la plaine,Dans la terre et le ciel, dans la clairière et le bocage,Sentira à veiller sur elle un pouvoirTantôt excitateur et tantôt réprimant.

Les flottants nuages leur majesté prêterontÀ elle, pour elle le saule se courbe ;Ni elle ne manquera de discernerMême dans le mouvement de la tempêteLa grâce qui moulera ses formes de jeune fillePar une silencieuse sympathie ;

Et des sentiments vitaux de joieÉlèveront sa forme jusqu’à une royale stature,Gonfleront son sein virginal ;De telles pensées à Lucie je donneraiPendant qu’elle et moi ensemble nous vivronsIci dans cet heureux vallon. »

« Une contenance en laquelle se rencontrentDe doux souvenirs, des promesses aussi douces. »

« Son allure légère et libre de femme d’intérieurEt ses pas d’une liberté virginale. »

Même la légère campanule relève sa têteQui rebondit sous ses pas aériens.

Viens dans le jardin, Maud,Car cette noire chauve-souris, la nuit, s’est envoléeEt les parfums du chèvrefeuille flottent au loinEt le musc des roses s’exhale.

Viens dans le jardin, Maud,Car cette noire chauve·souris, la nuit, s’est envolée,Viens dans le jardin, Maud,Je suis sur la porte, tout seul.

Comments

Loading comments…