Victor Hugo - Carnets et dessins inédits
Et je vis au-dessus de ma tête un point noir,Et ce point noir semblait une mouche dans l’ombre…Et cette mouche était un vautour.Il planait.
Non content de l’azur, Jupiter prit la terre,Et Prométhée alors voulut prendre le ciel.
Les noirs exils sont pleins d’innocents criminels.
Tout est calme, endormi, clos, le silence règne,On n’entend que le bruit des pattes de l’araigneTissant sa toile au coin de quelque plafond noir.
L’homme joue en riant le grand drame Douleur :Dieu, l’auteur de la pièce, a Satan pour souffleur.
O Comédie…Spectacle sombre ! On sent Satan dans la coulisse,Et Dieu, le machiniste, au troisième dessous.
Tout finit, — crois-tu donc être éternel, jeune homme ?Crois-tu sans fin l’amour où ton cœur est dévot ?Tu fais tous les matins, par Madame Prévôt,Envoyer un bouquet aux yeux que ton cœur aime.Cette habitude, étant une fleur elle-même,Se fanera. Demain peut-être, soyons francs,Tu te diras pensif : mais diable, c’est dix francs !Et tu sentiras, triste, au fond de ta cervelle,Deux pièces de cent sous peser plus que ta belle !
Oui, je comprends qu’on aille aux fêtes,
Qu’on soit foule, qu’on brille aux yeux,
Qu’on fasse, amis, ce que vous faites,
Et qu’on trouve cela joyeux ;
Mais vivre seul sous les étoiles,
Aller et venir sous les voiles
Du désert où nous oublions,
Respirer l’immense atmosphère,
C’est âpre et triste, et je préfère
Cette habitude des lions.
Je me souviens du temps de mes illusions,Je voyais ces hiboux au milieu des rayons.Que c’est doux d’être jeune et charmant d’être béte !Sainte Beuve était beau, Nisard était honnête.C’était un plaisant tas de drôles contrefaits.O gratteurs de papiers ! picoreurs de buffets !Ils se sont tous vendus et Piétri sait les sommes.Ils s’affirmaient géants pour se passer d’être hommes.De leurs difformités ils faisaient leurs grandeurs.Il semblait que la gloire eût dit à ces laideurs :O boiteux, sois Tyrtée ! ô bossu, sois Ésope !Le borgne n’était pas borgne : il était cyclope.Oh ! ces orgueils de nains et ces cœurs de laquais.C’est bien, tombez encore ; ayez, ô misérables,La bohème de moins et le Sénat de plus.
Monte, puissant volcan, aux neiges éternelles,
Les volcans géants du MexiqueDe fous vos Etnas font des nains.
Volcans géants du MexiqueQui de l’Etna faites un nain.
Euripide naissait le jour de Salamine :Trophée où luit Sophocle et qu’Eschyle domine.
Pour la rendre invisible et tuer plus de Juifs,Titus fit peindre en noir la pierre des balistes.
Pour tuer plus de monde et qu’on ne pût les voir,Titus peignit les blocs des batistes en noir.
Me voici marié. C’est à merveille. Ah ! çà,Où vais-je aller passer maintenant mes soirées ?
Le redan, Malakoff, cratère de mitrailles ;Ils montent à l’assant de ces volcans humains.
Si vous êtes bon, juste et doux, vos actionsVolent dans votre nuit comme des alcyons ;Le souvenir vous baise au front dans tous vos rêves.Si vous êtes bandit, si vous hantez les glaives,Si vous faites le mal, le souvenir vous mordDans l’ombre, avec les dents d’une tête de mort.
Supposons qu’une fleur en amitié vous prenneComme un chien, et d’en bas vous verse à tout momentSon souffle, son parfum, son amour, doucement.
Comme un chien qui vers vous se tourne à tout momentEt que ce lis penché vous cherche doucementDès l’aube, et vous versant son parfum, pur dictame,Fasse un embaumement de son souffle à votre âme.
Je vis dans le passé, pâle songeur des ombres,Et dans l’évanoui.
… Après m’avoir soûléDe son vin de Surène abject et peu salubre,Cet être m’a lâché ce calembour lugubre :Ami, tu portes bien la bière, et mal le vin.
On dit :Bah ! c’est pour les autres. Cela ne me touche pas,Tout ce que tu fais pour autrui t’attend toi-même et te saisira un jour.La fosse réelle pour le fossoyeur est celle qu’il ne creuse pas.
La belle s’appelait Mademoiselle Amable.Elle était combustible et j’étais inflammable.Un treize, je la vis passer sur le Pont-Neuf.Les Grâces étaient trois, les Muses étaient neuf ;Et c’est là ce qui fait sacré le nombre douze. et treize fatal.Donc un treize…
L’un soutenant le temps, l’autre portant les nombres,Ils échangeaient entre eux de grands sarcasmes sombres.
… Ah ! vieux crétin sonore et vide, âne savant,Mulet qui sur ton des portes l’outre du vent !
je ne saurais le dire, mais la sévérité de ces deux vers était tout aussitôt rachetée sur un autre sujet par la grâce de ceux-ci :
<poem>Qu’elle soit blanche et grasse ainsi qu’une Flamande,Ou comme une Chinoise ait les yeux en amande,Qu’importe…
Les interruptions des arbres aux passagesDes eaux, miroirs profonds des vagues paysages.
À ces fleurs dont le crime est de pousser aux champs,
Les halliers sont fiers parce qu’ils sont sauvages,
La ronce accepte-t-elle une place à la ville,Et voit-on l’aubépine et le houx dégradésJusqu’à verdir et croître aux fentes des pavés ?
Quel monstre que la foudre ! et qu’est-ce donc, abîme,Que ce vent qui remue avec un bruit sublimeTout l’effrayant plafond du ciel, et qui produitL’énorme craquement des poutres de la nuit ?
Là grouillent, tas sordide, étrange et tortueux,Tous ces hommes de vol, de potence et d’épée,Par qui la gueuserie arrive à l’épopée,Vaugirard…
désespérant, en somme,D’être jamais voleur, il se fit honnête homme.
les mouches réjouissentAvril, tout fanfaron de leur bourdonnement.
Si je pouvais extraire un peu d’or de ce vieux ?
… La chimère nocturne est passée et m’a prisDans ses griffes avec des baisers et des cris ;J’ai senti ses flancs nus, ses ailes et sa bouche.Puis elle s’est enfuie et m’a laissé farouche.
Alors, glacée,Comprenant qu’il allait mettre à nu sa pensée,Elle lui dit : Prenez mon âme et fouillez-la'.
L’œil du comte jaloux et sombre étincela.Pâle, elle se taisait. Le mort épouvantable,Couché seul dans la nuit et nu sur une table,N’attend pas avec plus de calme le scalpel.
Le spectre, traversé d’étoiles, dans l’azur,Qui s’allonge et qui flotte aux plis de la nuée.
Les laboureurs le soir, contents de leur journée,Chantent et, revenant au village vermeil,Traînent sur le pavé qu’inonde le soleilLes larges socs, luisant ainsi que des cuirasses.
Comme on a hors de soi ce prodigieux mondeTournant autour d’un centre où la lumière abonde,Et doit sortent la vie, et l’aurore et la loi,Et comme en même temps on porte un centre en soiAutour duquel le monde intérieur gravite,Pour peu qu’on réfléchisse et pour peu qu’on médite,On sent l’identité de l’âme et du soleil…
Mais voici que déjà les toits fument au loinEt que l’ombre descend du haut des monts plus grande
Et jam summa procul villarum culmina fumant,Majoresque cadunt altis de montibus umbræ
Ecoutez ce que dit le voluptueux sombre :Le mal d’autrui s’ajoute à vos plaisirs dans l’ombre ;Il est doux, quand le vent trouble le gouffre amer,D’être sur terre alors qu’un autre est sur la mer.
Je préfère à Paris, au Louvre, aux Tuileries,Aux grands carrosses d’or couronnés de laquais,Aux spectacles, aux bals, aux fêtes, aux banquets,Au cirque éblouissant où plane l’écuyère,Les chansons qu’on entend le soir dans la bruyère.
Est-ce toi que chez moi minuit parfois apporte ?Est-ce toi qui heurtais l’autre nuit à ma portePendant que je ne dormais pas ?C’est donc vers moi que vient lentement ta lumière ?La pierre de mon seuil peut-être est la premièreDes sombres marches du trépas.
— Moi la plus petite,Je bois au plus grand.
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