Trois petits préludes

L’Amour et le Sablier

Troispetits Préludes

I

La Nuit s’est referméeComme un calice obscurSur la pulpe doréeEt tiède de la chambre.La lampe se consumeSous un arc de silenceEt je ne sais plus rienSinon que je suis seul,

Mordu par un désirQui se mêle aux rumeursDu jardin frissonnantSous l’averse nocturne.Un nom — hier ignoré —Plaqué comme un accord,Élargit le silenceAux limites du soir,Tandis que repliéSur un âpre plaisirOù parfois la tendresseFuse comme un sanglot,J’appelle sans espoir.D’un cri de tout mon être,Un bonheur déchirantAmer comme un départ.

II

Seront-ils le terme d’un songe,Ces feuillages où l’Aventure,Comme l’eau, le désir ou l’ombre,A glissé sans regret de lune ?Ces arches creusées de lueurs.Ces barques lourdes de désirs.Le soir penchant sur les eaux calmesUn visage de souvenir ;

La nuit tiède et lisse à nos mains,Tel un corps aux parfums obscurs,Le plaisir beau comme un orage,Et ces bouches dans l’ombre, avides ?De tant d’ardeurs évanouiesNe restera-t-il pour emplirLa splendeur lancinante et videDes nuits si belles à venir,Que ces images obstinées,Ces feuillages où l’Aventure…Et cet arbre nu sur le cielQue scellait une étoile unique ?

III

Toute l’âme réfugiéeVers la vitre, où se consumeLa flamme haute du jour,J’écoute en la solitudeMon sang qui bat à coups sourds

Penché sur mille rumeurs,Je suis au cœur de la villeBourdonnante de clarté,Une cellule qu’épuise,Perfide et sûre, l’attente.J’attends : le monde se rythmeSous le bélier de mes tempes.L’Été des rues solitaires— Désir, angoisse et silence —Se fige comme un bloc d’or.Avant même qu’invisibleTa main n’effleure la porteJe sentirai sur ma boucheLe souffle de ta présence,Comme on devine la mer.

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