Olivier Basselin

La Légende du Mont Saint-Michel 1911 — Passé

OLIVIER BASSELIN

À Paul Harel.

« Breuvage de pénitent. »O. B.En touchant ce breuvage où manque tout piment,Ô femme qui voudrais que mes lèvres se souillent,Si j’allais disputer leur empire aux grenouillesJ’infligerais grand honte au pays bas-normand.Femme, l’eau peut suffire à ma maigre jumentPour que sur les chemins ses jambes se dérouillent,Je cesse, quant à moi, de priser nos andouillesSi le pommé ne les arrose abondamment.Quel tort mon pichet roux fait-il à ta marmite ?Mon coffre de buveur est-il ventre d’ermite ?D’où me viendra l’esprit si d’eau mon verre est plein ?Fi ! n’aimes-tu donc point, femme, chanter et rire,Et partager, avec le lit de Basselin,La gloire qu’à mon nom donnent mes « Vaux de Vire ? »

Faute de mieux de bon pomméBien souvent je prends une dose.O. B.Si Dieu fit l’an dernier favorable à la pommeEt le cidre si bon de l’autre pilaison,Vraiment serait-ce pas étrange déraisonQue de ne point user des biens qu’il donne à l’homme ?Aussi, femme, ai-je bu chemin faisant, et commeLe marché d’où je viens est loin de la maison,Bu si bien qu’il te faut hâter ma guérisonEn me mettant au lit où je veux faire un somme.Suis-je ivre ? Ce n’est pas ma faute à parler francCar, outre que le cidre est fort désaltérant,Ma roublarde jument, dès que la chaleur règne,S’entête à s’arrêter devant le moindre toitOù se balance au vent, en manière d’enseigne,Le vert bouquet de lierre indiquant qu’on y boit.

Entre vous gens de villageQui aimezle roi françoisPrenez chacun bon couragePour combattre les Anglois.O. B.Plus de fruits aux courtils, plus de porcs aux étables,Plus la moindre volaille au fond des guerneliers,Mais partout ces gibets où, bel et bien liés,Peuvent pendre demain nos membres lamentables ;Nous faut-il donc devant ces « godons » redoutablesDéserter nos logis, gîter en nos halliersEt, quittant les trésors que gardent nos celliers,Les laisser accouder leur ivresse à nos tables ?Non mes gars, espérons, car contre eux je prétendsQue les clairons du roi, parmi nous éclatant,Réveilleront bientôt la province engourdie.En ce jour qu’ils seront boutés de Normandie,À ma cave avec joie arrachant son bijou,Je défonce mon fût de bon clairet d’Anjou.

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