Le Contrat de mariage par devant nature
Le Cahier rouge de Lucile Desmoulins
LE CONTRAT DE MARIAGE PAR DEVANT NATURE.
ROMANCE HISTORIQUE.
(Même air.)
Le jeune Hylas, la jeune HélèneS’aimaient tous deux égalementEt tout en eux servit leur charme ;Mêmes désirs, même penchant,Toujours d’accord, jamais se plaindre,Sans cesse ensemble sans dégoutC’étoient (pour d’un seul trait les peindre)Les deux motiés du même tout.La couronne de l’hyménéeManquait seule à leurs tendres cœursEt la guirlande fortunéeN’eût offert jamais plus de fleurs.Mais leurs familles diviséesPar le culte de leurs ayeux,Tenant chacune à ses idées,Mirent un obstacle à leurs vœux.
Au couple fidèle on vint dire :« Quittez-vous pour ne plus vous voir ;« D’un Dieu vengeur redoutez l’ire !« Vous haïr est votre devoir.« — Quoi nous haïr ! Mais la nature« Pour nous aimer nous créa tous :« Peut-elle d’une flamme pure« Voir les progrès avec courroux. »En vain nos amans supplièrent :L’un à l’autre on les arracha.En vain des larmes ils versèrent :Du couvent on les menaça.Après plusieurs mois de misère,Comme par miracle échappés,Enfin ils purent se soustraireÀ leurs tyrans préoccupés.« Viens, dit Hylas à son Hélène,« Suis-moi dans le fond des forêts.« Abandonnons l’espèce humaine« Si peu digne de nos respects.« Leurs lois, faites pour l’imposture,« Ne nous permet pas d’être époux ;« Appelons-en à la nature« Par devant elle unissons-nous. »Nos deux amans firent voyageIncognito, d’un pied léger,Vers une région sauvageOù les cœurs peuvent s’engager.Là, sans prêtres et sans notaires,Sur un autel de gazon frais,Au milieu d’un bois solitaireIls s’unirent à peu de frais.Leurs travaux et leur industrieEmbelirent ces lieux déserts.Ils oublièrent leur patrieEt furent pour eux l’univers.
Vous qu’on persécute à la ville,Jeunes cœurs, accourez près d’eux ;Leur toit de chaume sert d’asileÀ tous les amans malheureux.
Par le Berger Sylvain.
3 Jour Septembre 1787.
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