De l’épopée chrétienne jusqu’à Klopstock — 01

Et quand du dieu du Rhin l’on feint la fière imageS’opposant en fureur à ton fameux passage,On ternit par le faux la pure véritéDe l’effort qui dompta ce grand fleuve indompté.…A ta haute valeur c’est être injurieuxQue de mêler la fable à tes faits glorieux

Qui méprise Cotin n’estime point son roiEt n’a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi,

Qui des deux est plus grand, si quelqu’un les compare,Ou le dieu de Moïse, ou le grand Jupiter ?Ou le charme d’Hélène, ou le charme d’Esther ?Ou le sage Nestor, ou le puissant Élie ?Ou Vénus, ou Judith, honneur de Béthulie ?Ou le pieux Énée, ou le chef sans pareilQui par une parole arrêta le soleil ?Pallas ou Debora…Et si l’on veut encor comparer les fureurs,Qui des deux dans l’esprit causera plus d’horreurs,Ou d’Alecton la rage allumant les provinces,Ou celle d’Athalie, ivre du sang des princes ?Pour te convaincre, impie, aux vérités rebelle,Fable pour fable, au moins, qui crois-tu la plus belle ?…Aux grands effets de Dieu rien ne peut s’égaler,Et la feinte si haut n’a jamais pu voler.

Jam tum relligio pavidos terrebat agrestesDiva loci…

… Jam tum silvam saxumque tremebant,Hoc nemus, hunc, inquit, frondoso vertice collemQuis deus, incertum est, habitat deus…

De la foi d’un chrétien les mystères terriblesD’ornemens égayés ne sont point susceptibles ;L’Évangile à l’esprit n’offre de tous côtésQue pénitence à faire et tourmens mérités ;Et de vos fictions le mélange coupableMême à ses vérités donne l’air de la fable.Et quel objet enfin à présenter aux yeuxQue le diable toujours hurlant contre les cieux,Qui de votre héros veut rabaisser la gloire,Et souvent avec Dieu balance la victoire !

Laissons-les s’applaudir de leur pieuse erreur,Mais pour nous bannissons une vaine terreur,Et, fabuleux chrétiens, n’allons point dans nos songesDu Dieu de vérité faire un Dieu de mensonges ;

Et n’allons point parmi nos ridicules songes.

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