Vers

Écrits de jeunesse

Qu’ont-ils donc obtenu, tous ces puissants prophètes ?La mort a-t-elle omis de renverser leurs têtes ?Mahomet et Moïse, Abraham et Jésus,Qu’ont-ils donc obtenu depuis qu’ils ne sont plus ?Tout est vain, tout est faux, et rien n’est véritable,Toutes les religions sont des tours sur du sableMouvant. Quelle est la bonne ? Ah ! voilà l’embarras !Choisissez, choisissez, c’est un bon débarras,Que de n’en avoir qu’une, et renverser les autres !Mais qui peut accuser tous ces martyrs apôtresDe mensonge ? — Eh, c’est Dieu ! — De lui vient la pensée,Pourquoi déferait-il une œuvre commencée ?Pourquoi n’a-t-il donc pas à l’homme sur la terreDonné sa religion ? Devrait-elle être austère,Gaie, joyeuse ou triste ? Ah ! pour moi je n’en sais rien !Si Dieu vraiment existe, il semble aimer donc bienLe carnage et la mort ! S’il est bon, qu’il empêcheDe se tuer pour lui ! Qu’il dise si je pècheOu bien si je dis vrai ! Il lui suffit d’un motPour arrêter la mort… Mais ce n’est pas le lotDe qui veut de pouvoir admirer des miracles,Il faut tout préparer, ou sinon, des débâcles !

Je n’avais que quinze ans — l’âge des illusions.J’étais dans le jardin, le seul que nous eussionsÀ Paris. Je la vis, et je la vois encore.Brune, aux longs cheveux noirs… Son nom était Lénore

Elle avait dix-huit ans. J’étais faible et chétif,Débile aux grands yeux bleus. — Son nez était rétifEt remontait un peu — bien peu… et la mutineVous lançait un regard… l’abeille qui butineN’en a pas de pareil. — Bref, j’étais amoureux,Amoureux à quinze ans ! les jeunes bienheureuxNe voudront pas le croire. Ah ! vois les vieux qui bâillent !Ce n’est pas une idylle, et bien sot ceux qui raillentCet amour de quinze ans. Pourtant je le sentis.L’amour a-t-il un âge, et n’est-il point subiChez le vieillard et l’homme et chez la jeune fille ?N’habite-t-il donc pas la soie et la guenille ?Qui donc définira l’amour ? — Bref je l’aimais !Je l’aimais d’une amour bien étrange et jamaisJe n’aimai de l’amour dont j’aimais cette tendreEnfant. Mais je n’osais, ne voulais pas me vendre,J’avais honte… Et j’étais tour à tour rouge, hagard,Je ne possédais pas encore ce regardQui fascine les yeux… Je ramassai la pierreQu’avait frôlée sa robe et j’embrassai la terreQu’avait pressé son pas. . . . . . . . .. . . . . . . . Qui me rendra jamaisLa pierre et l’illusion ? — Je me croyais aimé !

Ce doux regard… La voix, le ton même est câlin,Ce petit mouvement si gentil, si malin,Cette mutinerie et ces mines boudeuses,Cette bouche rebelle et la bouche rieuse,Ce sourire si fin, et ces beaux yeux si doux…Qui dirait qu’en arrière on se moque de vous ?

La barricade est faite, et tout a été mis !Ils étaient là dix-sept, devant les ennemis !Ennemis et soldats, unique et même chose !Barricadez-vous donc ! — La barricade est close.De loin on entendait leurs grands pas cadencés,Et déjà le brouillard laissait voir, avancés,Tout près, et pourtant loin : loin par la barricadeEt près par le fusil, des soldats. Par saccade,On entendait au loin un bruit étouffé, sourd.Et l’air autour de nous était devenu lourd.Le cœur battait à tous, au peureux comme au brave,Et nul ne plaisantait : partout le même air grave.En haut, sur les pavés, s’élevait le drapeau,Et chacun, jeune ou vieux, enlevait son chapeau.Devant ce pauvre drap, devant sa courte hampe…Malheureux ! Ecoutez… là-bas le soldat rampe…Qui va là ! Tout à coup dit une horrible voix :— Vive la République, et abattons les rois !Le cliquetis de l’arme et aussitôt la grêleMeurtrière tomba ; et mourut avec elleMaint pauvre compagnon. Et alors un bruit sourdNous apprit que bientôt c’était à nous le tourDe mourir. Le canon ! le canon ! Ah, ma mère,Je ne te verrai plus ! — Alors, d’une voix claireLe chef les appela : “Montez sur les pavés !”Au moins avant la mort nous les aurons bravés !

Rendez-vous ! Liberté, Liberté bien chérie,C’est toi que nous voulons avec notre patrie !

Feu ! cria l’officier. — Pas un ne fut manqué.Un seul d’eux chancela, un seul d’eux au banquetDe la vie aima mieux au fond vider sa coupe ;Un seul sur son vaisseau, capitaine à la poupe,Resta. C’était un vieux, moi je le vois encor.Un grand corbeau tout noir. Il tombe et son grand corpsAppuyé au drapeau avec sa barbe blanche,Etait comme un des saints. D’un trou noir, à la hanche,Le ruisseau rouge à flots coulait sur le drapeau.Personne n’est resté pour ôter son chapeau !

J’ai un portrait d’Hugo, en face sur le mur,Et quand je le regarde, et quand le vers est durÀ terminer, son œil, et sa barbe si douceMe donnent bon courage et les mots sous son pouceS’alignent sans efforts et je relis ses versSi doux et si charmants, plus calmes que les mers.“J’étais seul près des flots par une nuit d’étoiles ;“Pas un nuage au ciel, sur la mer pas de voiles,“Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel“Et les bois et les monts, et toute la nature“Semblaient interroger dans un confus murmure“Les flots des mers, les feux du ciel.”

Oh ! sableSi fin,Qu’accableMatinMon pas,J’espèreLà-bas,RepaireDu jour,Mourir !Et le sable lui dit, en paraissant s’ouvrir :Marche ! Marche toujours !

Ziska, je t’entrevois, là-bas dans l’auréole,Je te vois dans les airs. — Pour moi, pauvre, je voleEn pensant jusqu’à toi ; moi, je t’aime toujours.— Oh ! Ziska, promets-moi, quand finiront mes jours,De te tenir tout près, car ainsi nos deux âmes,Toutes deux partiront pour les grands cieux de flammes.

Oh ! dites, qu’est-ce donc que ce grand mot terrible ?Oubli ! c’est bien cela ! L’oubli, c’est invisible,C’est un vampire affreux qui suce le cerveau,Etend son aile noire et noircit le caveau,C’est un horrible ver qui décompose à l’ombre.L’oubli, c’est invisible et pourtant c’est bien sombre.Il loge dans le cœur. Quand la mer veut chercher

À frapper doucement, à détruire un rocher,À le faire écrouler à force de caresses ;Elle y met patience et non pas de paresse,Par saccade se hisse aux grands rocs acérés,Attend que dans mille ans les rocs soient lacérés.L’oubli, c’est identique ; on sentirait à peineSa dent si tout à coup ne s’élançait la peinePar éclats. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . Pas à pas l’oubli gagne sur nous,Il hait le souvenir, il le mine en dessous.Le souvenir s’écroule et laisse indifférence.L’oubli s’écroule aussi quand revient la souffrance.Le souvenir est là, mais il est plus amer.L’oubli vous engloutit aussi bien que la mer.

Ô Dieu, je l’ai perdu, l’ami de mon enfance,Qui seul avait cet art d’adoucir ma souffrance,D’épancher son cœur dans mon cœur.Jamais je n’aurai plus ce grand plaisir intense,De lui serrer la main, de lui dire : je penseÀ toi comme à ma sœur.

Elle était belle, hélas, et bonne autant que belle.Elle mourut, jadis ; jamais je n’aimais qu’elle,Et, mon Georges, que toi ;Mais te voilà parti. Tu montes sur la selleDu cheval de la mort, qui tout de feu ruisselle.Je suis derrière, moi !

Tu t’envoles. Pourquoi ? Dieu désira ton âme,Tu t’envoles là-bas vers le grand ciel de flammeOù tout est au grand jour.

Dans la vie, en dépit des flots et de la lame,Je resterai, rocher, l’oubli pour rame,Et tout se perd, même l’amour.

Enfant qui sommeillesDans ton berceau,Si tu te réveilles,Prends ton cerceauEt joue, oublieTes rêves.Il ne faut pas vider jusqu’à la lieTa coupe : tu l’achèves…

Les sylphes ont un lac aux vagues cristallinesOù les brumes ont couleur d’or,Où les nénuphars ont des teintes opalinesSur l’onde qui dort.

Où les fleurs ont d’étranges lueurs iriséesEt des pistils phosphorescents,Leurs pétales d’argent, leurs corolles friséesEn plis indécents ;

La lune s’y reflète en miroitements jaunesRuisselant sur l’ombre des eauxEt sautant, feux follets, des saules et des aunesAux sombres roseaux.

Dans les brouillards laiteux, des formes vaporeusesVont glissant et disparaissant,

Plongeant sous l’eau limpide et s’enfuyant, peureuses,Aux souffles naissants.

Là-bas, le long de l’eau, sous les arbres des rives,On entend piauler les oiseaux ;Parfois, dans le feuillage, on voit passer, furtives,Les nymphes des eaux.

Sur la rivièreLégèreLa barque passeEt repasseSur l’eau.

Sylphe ou lutineButineAux fleurs flottantesEt riantesDans l’eau.

Elle s’envoleFrivoleToute pareilleÀ l’abeilleSur l’eau.

Elle balance,Et danse,Sur l’herbe trotteEt barboteDans l’eau.

Sur la rivièreLégèreLa barque passeEt repasseSur l’eau.

Et la barque s’arrête à ces rives, et longeLeurs filets de mousse traînants.Mais la troupe des sylphes s’enfuit et replongeÀ nos cris gênants.

Sous les vieux arbres gris aux branches fantastiques,Forêts ouvertes !Étendant dans les airs tous leurs rameaux étiques,Clairières vertes !Les fleurs d’un rouge sombre ont des parfums mystiques,Mares désertes !Loin de nos constructions, nos usines pratiques,Clairières vertes !Et un pays étrange aux chaleurs magnétiques,Forêts ouvertes !Où rôdent sous les bois des formes extatiques,Mares désertes !Sous les vieux arbres gris aux branches fantastiques,Forêts ouvertes !Étendant dans les airs tous leurs rameaux étiques,Clairières vertes !Les fleurs d’un rouge sombre ont des parfums mystiques,Mares désertes !Dans les enlacements des lianes élastiques,Forêts ouvertes !On voit se profiler des colonnes antiques,Clairières vertes !Et des temples de marbre et d’immenses portiques,Mares désertes !Dans les brouillards dorés aux lueurs électriques,Forêts ouvertes !

Des coupoles d’argent et des dômes féeriques,Clairières vertes !S’élèvent au-dessus de cités chimériques,Mares désertes !Et les femmes ont des passions hystériques,Forêts ouvertes !Pour assouvir les ruts de leurs mâles lubriques,Clairières vertes !Se livrant sur les toits, les terrasses de briques,Mares désertes !Au coucher du soleil, sous ses rayons obliques,Forêts ouvertes !On voit boire à grands traits les fauves faméliques,Clairières vertes !Et les guépards errer sur les places publiques.Mares désertes !La nuit on n’entend pas de prières bibliques,Forêts ouvertes !Ni de prêtres priant pour leurs saintes reliques,Mares désertes !Mais les chacals pleurant leurs pleurs mélancoliques,Mares désertes !

Au fond d’un cachot noir et visqueux je me traîneEt ma plus grande peine est que je ne puis voir ;Je suis dans un long soir que le matin ramène,J’épuise mon haleine au fond de ce tiroir,J’épuise mon espoir sous ces portes de chêne,Ma tristesse me mène au profond désespoirEt je ne puis savoir où s’enfonce le pêneEt ma plus grande peine est que je ne puis voir.

Je rêve en mon dortoir des lumières sereines ,Une éclatante reine en un pompeux manoir,Mais dans le profond noir s’envolent des phalènes,Mille flocons de laine en un sombre miroir…On ne peut pas s’asseoir au fond de ma géhenne…Et si d’abord ma haine aiguisait son rasoir,Maintenant, comme un loir — pionçant à pleine haleineJe dors — ma seule peine est que je ne puis voir.

Et je voudrais avoir des sources, des fontaines,Marie et Madeleine au limpide lavoir —Mais dans ce dépotoir où je traîne ma senne,Pêcheur, ma pêche vaine à nul ne peut échoir ;Et je rêve un boudoir de velours et d’ébène,Une femme qui draîne un vin mousseux, le soir.Je voudrais recevoir de l’or, dans mes mains pleines :Mais ma plus grande peine est que je ne puis voir.

Quand tu ris, j’aime à voir tes yeux étinceler,Tes lèvres se trousser en mignardes risettes,La pourpre de ta chair, pour mieux me harceler,Sourire et refléter de moqueuses fossettes.

Et pareil à ces dieux sifflant dans leurs musettesQue nos vieux joailliers aimaient à bosselerSur les parois d’argent des massives cassettesEt d’un burin d’acier finement ciseler,

Tu ris en entr’ouvrant les deux coins de tes lèvres,Pour me montrer tes dents avec des mines mièvres,Et tu plisses ta peau sous de vifs reflets d’or.

Combien je donnerais, ô mon petit dieu Faune,Dont le rire pétille à la tiédeur du Beaune,Pour rire avec toi seul, dans la nuit, quand tout dort !

Je ne suis pas de ceux que le vers fait blêmir !Qu’on me donne à chanter un fanatique émir,Un vaisseau ballotté qui sur les vagues tangue,L’avocat empêtré bredouillant sa harangue,Le plongeon fugitif, nocturne de l’ondin,Le rouge charcutier qui brasse son boudin,Les couples d’amoureux qui cueillent la noisette,Les mines d’un tendron humant de l’anisette,Le paisible bourgeois quand il joue au loto,Le galop d’un cheval arrivant au poteau,Le cristal d’un étang que le soleil irise,L’angoisse d’un ministre au moment de la crise,Un pur-sang qui gémit, tué par l’éparvin,Le rire épanoui d’un vieux faune sylvain,Ou Colette au menton empâté de céruse,Je trouverai toujours quelque nouvelle ruse !

Tombé du paradis qui s’empourprait de roses,L’homme s’est retourné pour la dernière fois :À la barrière blanche où frémissait Sa voixSon doigt, glaive de feu, garde Ses lèvres roses.

Il est tombé plus bas que l’Enfer, aux névrosesOù le cœur est cloué pantelant sur la croix ;Son front qu’illuminait la couronne des roisPâlit sous le ciel noir des tristesses moroses.

Pensif, il voit toujours un sourire adoréLentement expirer sur Sa bouche vermeille,Fruit défendu qui saigne, entr’ouvert, à la treille

Du Paradis où flotte un grand halo doré,Et pleure amèrement sa jeunesse abattueAux pieds marmoréens de la froide statue.

Oh, les longs soirs d’hiver près du feu qu’on tisonne,Le vieux chien qui grisonnePrès de vous —Le livre qu’on a lu, mais qu’on aime relire —Le petit chat le tireSur vos genoux.

Sous la pluie, au dehors, le feuillage frissonneEt le vieux chat ronronnePrès du feu,Dans les charbons on voit des bouches vous sourireEt puis des monstres rireD’un rire hideux.

Au fond de son fauteuil on rêve, on s’abandonneEt la bûche bourdonneEn brûlant —Et l’on ferme les yeux — on ne sait plus que dire —Doucement on soupireEn s’endormant.

La nuit passe. — On entend au loin l’heure qui sonneEt le veilleur qui donneSon signal —La chandelle s’éteint — on l’entend encor bruire,Puis on dort, on respireÀ souffle égal.

Sans cesse je cisèle un vers que j’ai liméSous la pâle lueur de la lampe qui doreD’une auréole en feu le mot déjà riméEt lustre son poli du nimbe de l’aurore.Elle allume au rebord étincelant du toreDe l’encrier couvert de son massif fermoirLa rougeur fugitive et mourante du soir.La Rime ne veut pas me faire sa risette :Mais je la poursuivrai dans son coquet boudoir :“Rien ne sert de gémir — ouvre-moi ta cassette !”

Ses joyaux sont cachés dans un coffret ferméDont la serrure à jour défierait tout l’art Maure :Elle s’envole avec un soupir alarmé.Quand mon stylet le brise et le perce et le fore,Puis s’abat frémissante aux rives du BosphoreEn vierge orientale, accroupie au lavoir ;Et rythmant ses chansons au bruit de son battoir :Comme un brillant taillé d’une large facette,Sous un voile son œil scintille pour me voir :“Rien ne sert de gémir, ouvre-moi ta cassette !”

La Rime a murmuré le son doux, bien-aimé,Lisette, un triste nom, qui me poursuit encore :Ah ! si j’avais l’amour que j’ai partout semé

Quand le feu de mon cœur giclait par chaque pore !Mais hélas ! j’ai brisé ma boîte de Pandore,J’ai chassé les Plaisirs de mon sombre manoirEt j’ai gardé la peine, un vampire au vol noir,Pâle chauve-souris ou gluante roussetteFrappant son aile veule à mon cœur, son dortoir :“Rien ne sert de gémir, ouvre-moi ta cassette.”

— Prince, attisez le feu couvant dans l’étouffoir !Ne dormez pas, la nuit des noces, comme un loirEt vigoureusement jouez à la poussette.Il vous faudra forcer la Rime pour l’avoir !“Rien ne sert de gémir ; ouvre-moi ta cassette.”

Hallali ! Hallali ! La fanfare des corsVomit ses hurlements, cuivrés sous la hêtrée ;Bâillonnés par les poils de la bête empêtrée,Les chiens mangent leurs cris dans de rauques accords.

Et la meute grouillante étouffe le dix-cors.Un trou saignant rougit sa fourrure éventréeIl tourne vers les bois sa prunelle vitrée.Un long frémissement soulève tout son corps.

Haut bottés, les piqueurs dont l’habit écarlatePar la verte futaie en gerbe d’or éclate,Soutiennent le cadavre inerte et fléchissant.

La forêt se rendort. Soudain, froissant les branches,Une biche craintive avance jusqu’aux hanchesEt, l’œil humide (35), va plus loin flairer le sang.

La Seine, au Pont des Arts, a pris de noires teintes.L’eau clapoteuse bat les fûts verts des piliers,Gravit en murmurant les marches d’escaliers.Les lanternes des quais se sont toutes éteintes.

Soudain, sur les deux bords retentissent des plaintes,Hennissements, sursauts, jurons de cavaliers,Piétinements confus, pesants de fusiliers,Les cloches du beffroi tintent très haut par quintes.

Un sifflement sonore ulule dans la nuit,Miaulement mortel d’un tigre qu’on poursuitEt qui, saignant du cœur, se redresse et succombe.

Entre les quais obscurs fuse une gerbe d’or ;La détonation soulève l’eau qui dortAu fulgurant éclat des flammes de la bombe.

Ta fine bouche est un fil roseTendu sur un masque de soie,Ta chevelure qui s’éploie,Est-ce un arc-en-ciel qui se pose ?

Tes yeux noirs ont un cœur vermeilPailleté d’or et de rubis,Ce sont deux boucliers fourbisAvec des gouttes de soleil.

Ton souple corps est une tigeFlexible d’aubépine blanche,Le svelte ruban de la brancheD’une liane qui voltige.

Tes seins crémeux sont deux coconsPomponnés de satin grenat,Avec deux bourgeons d’incarnatCrevant la neige des flocons.

Ton ventre comme une cuirasseCouverte de moire argentéeD’une javeline plantéeÀ son cœur garde la trace.

Tes deux mains sont les coques d’orD’une grenade au sein creuséOù brille d’un éclat roséLe chapelet des grains qui dort.

Ta fine bouche est un fil roseTendu sur un masque de moire ;Au cœur d’une houppette noire,C’est un calice qui repose.

Ces deux gouttelettes de pluieQu’un nuage pleura pour toi,Ta petite main les essuie :Mon cœur, je veux savoir pourquoi.

Ce n’est qu’une gaminerie :Il ne faut pas pleurer, mon cœur ;Ne pleure pas, ô ma chérie —La pluie est un amant moqueur.

Elle aime les plantes, et tresseLe tercet du trèfle en quatrain,Et sous son humide caresseFait craquer le corset du grain.

Elle aime les arbres, et tisseAux vieux de moussus corselets,Aux jeunes une robe lissePour draper leurs bras maigrelets.

— Chevalier de la Marjolaine,Que dites-vous de mon bras blanc ? —Le Chevalier dit, en tremblant :— Il est doux comme de la laine.

— Chevalier de la Marjolaine,Que dites-vous de mes yeux noirs ?— Ce sont, dit-il, deux grands miroirsOù je me mire, Madeleine.

— Chevalier de la Marjolaine,Que dirais-tu de mon baiser ?— Il me faudrait pour l’apaiserTout le baume de ton haleine,

— Chevalier de la Marjolaine,Je t’ai choisi pour mon amant. —Le Chevalier fit le sermentQu’elle serait sa châtelaine.

— Chevalier de la Marjolaine,Je n’ai jamais aimé que toi,Je n’aimerai jamais que toi.Ô, baisons-nous à bouche pleine,Chevalier de la Marjolaine,Et fuyons bien loin dans les bois. —Un baiser éteignit sa voix…Ils galopèrent par la plaine.

La lumière bleue est passée,Allons vers les lumières blanches.Ô chérie es-tu donc lassée ?Nous avons des ailes aux hanches,

Puisqu’on nous a chassés du bleu,Ouvrons, chérie, ouvrons nos ailes,Voguons comme des caravellesVers le soleil tout blanc de feu.

La lumière blanche est passée,Allons vers la lumière rouge.M’amour, je te tiens embrassée,J’ai mon couteau sanglant qui bouge.

Vivons ici dans le vermeil.Ton petit doigt aura pour bagueUn cœur foré d’un coup de dague :J’ai de l’or — as-tu point sommeil.

La lumière rouge est passée,Allons vers la lumière verte.Viens chauffer ta gorge glacée :Entrons, la porte est grande ouverte.

Buvons tout cet or vert fondu ;Buvons, nous verrons monter, lentes,Des flammes blanches et sanglantes.Mignonne, m’as-tu répondu ?

La lumière verte est passée,Allons vers la lumière pâle,Allons : notre forme effacéeGlissera sous ces flots d’opale.

La lune a dénoué sa chevelure blondeSur les balancements harmonieux de l’ondeEn rais étincelants,Et les brouillards laiteux et les vapeurs flottantesS’étirent lentement en danses tremblotantesAux tressauts chancelants.

Nous courons dans la nuit sur les brumes doréesPar les rais de la lune aux lueurs timorées,Aux livides blancheurs ;Nos pieds blancs sont baignés de lumière bleutée,Semés de diamants, froide troupe ameutée,Ruisselantes fraîcheurs.

Nous tournons dans les airs en rondes lumineuses.Spires dont le sommet fond en teintes vineusesLe zénith au bleu profond,

Spirales de vapeurs, couronnes de fumées,Par l’éclat rougeoyant de l’aurore alluméesAu haut des cieux sans fond.

Ô vierge, à tes beaux yeux il a laissé des cernes :Venez, nous vous mettrons un limpide bandeau.

Le sultan souleva du bout de sa babouche,La portière orangée, au chatoiement profond,Où courait un reflet doré, comme une moucheVermeille, sautillant pour grimper au plafond.

Une lampe discrète éclairait d’un jour pâleUn divan chamarré que tachaient trois corps nus,Trois femmes aux poignets cerclés d’or et d’opale,Qui brûlaient, en chantant, des parfums inconnus.Les vapeurs de l’encens qui montaient toutes blanchesEn volutes lécher les boutons de leurs seins,D’un voile transparent les couvraient jusqu’aux hanchesEt faisaient trembler l’air au-dessus des coussins.

Un mince filet d’eau tombait dans une vasqueDe porphyre veiné de couleuvres d’azur.Une esclave frappait sur un tambour de basqueDont le battement sourd espaçait leur chant pur ;La plus brune appuyait sa tête enveloppéeD’un turban crème et pourpre au rebord du divanEt chantait en mineur sa triste mélopéeComme pleure au désert la complainte du vent.

Elle pleurait la douce odeur évaporéeDe l’amulette grise au parfum de safran,Cœur sec d’une gazelle à la peau mordorée,Qu’un mollah bénissait aux rites du Coran,

Quand les Bédouins noirs cavalcadaient par bandesEt qu’elle chevauchait en fille de brigand,Portant sous son manteau rayé de larges bandesUn tromblon évasé près d’un vieux yatagan.

Tandis qu’elle chantait, dans la figure noireDes esclaves groupés aux portes du sérailUn trou rouge s’ouvrait, taché de dents d’ivoireQui reflétaient la lampe en bleu sur leur émail.Quand sa chanson mourut peu à peu, la secondeDans sa langue reprit le même air à mi-voixEt, passant son bras blanc dans ses cheveux de blonde,Parsema d’or les bouts rougis de ses longs doigts.

Elle chantait les rocs dentelés du Caucase,Découpure de glace et d’azur dans le ciel,Les abeilles des bois et leurs ailes de gazeFrémissantes du poids parfumé de leur miel,Les taillis frissonnants des forêts giboyeusesOù des chasseurs passaient en bonnets d’astrakan,Et les jeunes Lesghiens aux moustaches soyeusesBrunissant leur teint pâle au grand soleil du camp.

Sous les plis alourdis d’une étoffe tisséeDe poils blancs de chameaux mêlés de fils d’argent,Un eunuque montrait sa figure plisséeEt ses sourcils arqués sur un œil négligent.Comme un long serpent noir à la ligne onduleuseLa troisième sans bruit à terre se coula,Près du brasier fumant mit sa tête frileuseEt dans les flots neigeux d’un burnous l’enroula.

Elle parlait du lac à l’eau glauque, où se mireLe flamant rose et blanc, aux yeux pailletés d’or,Et que cerclent les vents d’un limpide sourirePrès des tiges de joncs où le courant s’endort,

Et de ses noires sœurs dont les gorges cuivrées,Tressaillaient aux baisers d’un guerrier triomphant,Quand elles se pâmaient sous l’amour, enivréesDu pénétrant parfum des tempes d’éléphant.

Au lieu de l’air piquant des montagnes natalesOù l’aurore allumait ses couronnes de feuxCorolles de lumière aux bleuâtres pétalesDont la rose lueur éblouissait les yeux,Toutes trois respiraient des parfums, consuméesPar l’ennui languissant des plaisirs sensuelsEt regardaient monter les tremblantes fuméesQue leurs lèvres soufflaient en jets continuels.

Mais le sultan froissa la tenture irisée,De ses ongles raya le poil blanc du chameau,Passa ses doigts ornés dans sa barbe frisée,Caressa doucement son poignard au pommeau,Hésita près du corps de la noire amoureuse,Sur la blonde fixa ses longs regards ardents,Et comme, en rougissant, elle fuyait, peureuse,Prit la brune, et, fiévreux, la baisa jusqu’aux dents.

Ta bouche épanouie en fleur de paradisEst le but des baisers que vers toi ma main lance,Jusqu’à la mort je veux l’aspirer en silenceEt me bercer aux mots charmants que tu me dis !

Le doux chuchotement des arbres reverdisMe semble un chant de rêve où l’amour se balance :

Ta bouche épanouie en fleur de paradis,Est le but des baisers que vers toi ma main lance !

Lorsque, sous l’or du soir, bien-aimé, tu blondis,Lorsque ta tête rose et pâle d’indolence,Tombe sur mon épaule et sourit, je m’élancePour posséder sans crainte au fond des bois tiédisTa bouche épanouie en fleur de paradis.

Ô mot, tu n’es qu’un moule où j’ai jeté mon rêve,Un moule bouillonnant, un moule frémissant,Et sous le flot d’airain écumeux qui te crève,Tu ne peux résister, ô moule incandescent !Tu façonnes l’idée à tes lèvres de terre,Entourant de tes plis son jet impétueuxQui creuse dans tes flancs un rougeoyant cratère,Sifflant et s’enfuyant en sillon tortueux.

Le ciel noir se piquait de torches résineuses,Scintillantes lueurs, astres pâles d’amour.Secouant du zénith leurs vapeurs lumineusesEn nuages d’encens au brasier du jour.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

Se lustrait du vermeil bruni d’un disque pur,Cœur jaunissant de fleur immobile et plantéeComme une pâquerette aux mornes champs d’azur,

À travers l’infini sombre de l’étendueLa blancheur de la Vierge immense s’allongeait,Colosse de vapeur vaguement épandueOù le glaive éclatant de la lune plongeait.

Ce n’était plus le marbre aux arêtes précisesOù les Grecs découpaient la chair pâle des dieux,Mais un esprit flottant en formes indécisesEt versant du brouillard vers la voûte des cieux.

Car l’idéal chrétien est fait de chair meurtrie,Et d’orbites saignants et de membres broyés,Tandis qu’abandonnant sa dépouille flétrieL’âme ailée ouvre l’air de ses bras éployés.

Les dieux morts des anciens vivaient de notre vie ;Ils avaient nos amours ; ils avaient nos douleurs ;Ils voyaient nos plaisirs en pâlissant d’envieEt se vengeaient du rire en nous forçant aux pleurs.

Le Symbole vivant n’a que son existenceDont la force idéale échappe à nos regards,Et les martyrs en vain cloués sur leur potenceInterrogeaient l’éther avec leurs yeux hagards.

Mais l’élan passionné de la Vierge MarieAvait noyé son âme en une ombre de chairFaite de désirs fous, de luxure pétrie,Où le cri de l’amour passait comme un éclair.

Cette chair transparente errait dans la pénombre,Emergeait sous le froid de la Nuit, grelottait,Et la Vierge trempée aux plis d’un voile sombreCouvrait de ses deux mains son front et sanglotait.

Ses cheveux blonds coulaient en vagues dénouéesQui ruisselaient à flots dans le fauve sillonDes mamelles de brume à sa forme clouéesPar deux boutons puissants casqués de vermillon.

Et ses larmes roulaient en sanglantes rosées,Jaillissant sous les cils parfumés de ses yeuxComme un filet gonflé de leurs perles rosées,Sa chevelure d’or tombait en plis soyeux.

Pendant qu’elle pleurait dans ses chairs cristallines,Un nuage laiteux en panache fumait,Fondant leur transparence en teintes opalinesDont la neige mousseuse et légère écumait.

Et ses pâles cheveux aux couleurs effacéesLentement noircissaient au creuset de la nuit,Et l’or blond s’enfuyait de leurs teintes passéesAinsi que l’or mourant d’une braise s’enfuit .

Ses veines se gonflaient de gouttes purpurinesQui faisaient tressaillir ses nerfs en les baignant ;Un souffle sensuel dilatait ses narinesEt le désir perçait son cœur d’un clou saignant.

La blonde déité qui pleurait diaphane,En cachant ses yeux bleus de ses longs doigts nacrés,Avait pris les cheveux d’une brune profaneEt sa chair inhabile à des gestes sacrés.

Ce n’était plus la chaste et mystique MarieEclairée du halo pur de la Trinité,Mais c’était une fille amoureuse, qui crieEt gémit de désir sur sa virginité.

Elle entendait monter de langoureuses plaintesDe la vasque profonde où la Terre planait ;Le soupir attiédi des premières étreintesEn effluve d’amour vers sa bouche émanait.

Seigneur, quand nous allions remplir nos outres videsSur les bords verdoyants, sur les rives humidesDu Jourdain murmurant !Seigneur, quand nous allions, nos cruches sur la tête,Revenant quelquefois, le soir des jours de fête,Par le lit d’un torrent !

Hélas ! quand les bergers d’Ophir ou de ChaldéeNous montraient dans la nuit ou la chèvre AmalthéeOu le Bouvier brillant !Et murmuraient tout bas de si douces parolesQue les sages souvent les suivaient comme folles,Folâtrant et riant !

Hélas ! et nos parents qui restaient sous la tente,Et nos moutons bêlants, ma chèvre bondissanteJadis en Chanaan !Nous sommes le butin du Rouge qui trafique,Nous servons humblement le Libyen d’Afrique,Là-bas, vers l’Océan !

Et souvent, quand le soir nous rentrons sous leurs tentesQue dans le ciel encor des lueurs rougissantesTremblotent en fuyant,Un Barbare nous dit : “Hé, filles de Judée,Venez ! nous causerons, je connais la Chaldée,Et le ciel d’Orient !”

Il nous faut obéir — Je ne suis qu’une esclave —Il me faut essuyer le Maître, s’il se lave,L’essuyer en riant !Nous, l’espoir du Seigneur, les libres descendantesDe Déborah — jadis ! — nous sommes des servantes,Loin du ciel d’Orient !

Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.Il est rouge comme une guigne,Ce jeune lapin gras et digne.Vous n’avez qu’à lui faire signe :Il file doux comme du miel.Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.

Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.Si vous avez une consigne,Ce jeune lapin gras et digneDe sa main blanche comme un cygneVous fera monter jusqu’au ciel.Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.

Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.Le teint fleuri comme la vigne,Ce jeune lapin gras et digne,Avec une œillade maligne,Flûte en parlant, comme Ariel.Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.

Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.Depuis huit jours il a la guigne,Ce jeune lapin gras et digne :

Je ne puis écrire une ligneSans qu’il y soit trempé de fiel.Ce jeune lapin gras et digneA pour petit nom Daniel.

Quand je te vois penché, mon mignon, tout en nage,Sur le croûton de pain qui te sert de joujou,Je me repens, mon Dieu, d’avoir pris pour un pageCe qui n’était pourtant qu’un affreux sapajou.

C’est un maki mordant ses dix doigts avec rage,Ce faune gentillet, taillé comme un bijou,Un ouistiti grimpant aux barreaux de sa cage,Un macaque à poil ras, un singe en acajou.

Ton masque enluminé, sillonné de grimaces,Semble servir d’album à croquis aux limacesPour crayonner l’argent de leurs chemins crochus.

Et les casques noircis qui couronnent tes ongles,Piqués dans tes cheveux brouillés comme des jungles,Font penser que tu dois avoir les pieds fourchus.

L’ombre visqueuse emplit jusqu’au fond la chambrée,Des moucherons gluants couvrent la planche à pain.Deux soldats ronflent sous leur couverte cabrée :C’est un bleu de tringlot avec son vieux copain.

Le long de la muraille écailleuse et sabréePar de grands crachats noirs, tourbillonne un lopinDe mouchoir instructif, à la teinte marbrée,Coiffant le shako neuf d’oreilles de lapin.

Le brigadier, entrant, heurte, sous ses semelles,La carcasse sonore et vide des gamelles :Les hommes réveillés murmurent dans leur lit.

Il tâte de ses mains le bât-flanc et se couchePuis dort, de-ci de-là, comme une souche,Et sous son corps pesant fait craquer le châlit.

Rasant les murs du port, passent trois matelots.Le loustic de la bande a dans une batailleAttrapé sur le nez une profonde entaille,Il rit et bat à coups de poings les volets clos.

Sous l’obscure lueur sanglante des falots,Une hôtesse ventrue à mine de futailleLeur fait signe et tous trois, la prenant par la taille,Se poussent au comptoir derrière les hublots.

Les mathurins béats, accoudés sur la table,Avalent éblouis un velours délectableVersé par le patron dans leurs quarts de fer-blanc.

À côté d’un gabier qui va dégringolant,De l’escalier graisseux et vermoulu du bougeUne fille en cheveux descend, la trogne rouge.

Boutique sang de bœuf jusqu’au premier étage.À travers le treillis défoncé du grillageDes carreaux maculés. — Deux rideaux mal blanchisFrôlant le crépi mort de leurs plis avachis.Trois melons étalés en pleine devanture,Près de beignets dorés dans un bain de friture.Des raviers blancs suant du jus noir de pruneaux.L’or fameux des harengs baisant de vieux cerneaux.La trogne enluminée, à la rondeur bonasse,Du patron ballonné jusqu’au cou de vinasseMet une tache rouge au milieu du comptoir.Quelques bouchers sanglants sortis de l’abattoir,Coiffés d’une viscope à tournure de mitre,Avalent sur le zinc le vin bleuté d’un litreEt puisent, pour se mettre en goût, au tas d’œufs durs.Contre le fond graisseux et charbonné des murs,Une vieille qui dort laisse pendre sa lippe :Un limousin plâtré crache en fumant sa pipe.

Allons, Polyte, un coup de croc :Vois-tu comme le mec ballotte.On croirait que c’est un poivrotBallonné de vin qui barbote ;Pour baigner un peu sa riboteIl a les arpions imbibés :Mince, alors, comme il nous dégote,Pauv’ remorqueurs de macchabés.

Allons, Polyte, au petit trot,Le mec a la mine pâlotte :Il a bouffé trop de sirop ;Bientôt faudra qu’on le dorlote,Qu’on le bichonne, qu’on lui frotteLes quatre abatis embourbés.Vrai, dans le métier on en rote.Pauv’ remorqueurs de Macchabés.

Allons, Polyte, pas d’accroc,Tu pionces plus qu’une marmotte,Nous pinterons chez le bistro :Le nouveau dab de la gargoteA le nez comme une carottePour tous les marcs qu’il a gobés.Un verre, ça vous ravigote,Pauv’ remorqueurs de macchabés !

Prince, Polyte de la flotte,Plus boueux que trente barbets,Nous vivons toujours dans la crotte,Pauv’ remorqueurs de macchabés !

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