Une flèche de Cupidon
Chêne et Roseau
UNE FLÈCHE DE CUPIDON
Pourquoi donc, Arabelle, en ce jour d’allégresse,Pourquoi courber ton front, pourquoi tant de tristesse ?Sont-ils donc revenus, ces jours où la raisonN’est qu’un mot, en hiver, froid comme la saison ?Sont-ils donc revenus, ces jours remplis d’orages,Qui déchirent le cœur et font tant de ravages,Et qui, doublant la vie au soir de nos beaux jours,Nous font dire : Pourquoi ne pas aimer toujours ?Sont-elles revenues, ces joies pleines d’alarmes,Qui font croire au bonheur tout en versant des larmes ?Les tortures qui font chaque nuit sans sommeil,Ainsi qu’un sanglot pour saluer le soleil ?Et ces heures sans nom, de douloureuse attente,Où soudain le cœur bat et l’âme se lamente !Quand malgré les soupçons, bercé d’un fol espoir,Bien en vain l’on attend son amant jusqu’au soir ?
Te faut-il donc encor les élans de tendresse ;Et les baisers brûlants qui donnent tant d’ivresse ?Te faut-il donc encore exposer ton orgueil,Pour que demain ton lit te semble un froid cercueil ?N’as-tu donc pas assez vidé la coupe amère ?Et de l’amour toujours déplorant la chimère,Faudra-t-il donc encore, ô ! noble et tendre cœur,Te voir pleurer longtemps un seul jour de bonheur ?Une voix murmura… Confiante en ma force,Hélas ! je crus trop tôt ma vieillesse précoce,Imprudente, et riant des flèches de l’amour,Je bravais son courroux ; lui, me surprit un jour !
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