Le Pendu
Chansons du Chat noir
N 9LE PENDU
La lecture audio n'est pas prise en charge dans votre navigateur. Vous pouvez télécharger le fichier audio.
LE PENDU
Un garçon venait de se pendre,Dans la forêt de Saint-Germain,Pour une fillette au cœur tendre,Dont on lui refusait la main.Un passant, le cœur plein d’alarmes,En voyant qu’il soufflait encor,Dit : « Allons chercher les gendarmes,Peut-être bien qu’il n’est pas mort ! »
Le brigadier, sans perdre haleine,Enfourcha son grand cheval blanc.Arrivé chez le capitaine,Il conta la chose en tremblant :« Un jeune homme vient de se pendre,À son âge, quel triste sort !Faut-il qu’on aille le dépendre ?Peut-être bien qu’il n’est pas mort ! »L’officier, frisant sa moustache,Se redresse et répond soudain :« Vraiment, c’est une noble tâcheQue de soulager son prochain ;Cependant, je n’y puis rien faire,Ça n’est pas de notre ressort.Courez donc chez le commissaire,Le pendu vit peut-être encor ! »
Le commissaire sur la placeDescendit, c’était son devoir.D’un coup d’œil embrassant l’espace,Il cria de tout son pouvoir :« Un jeune homme vient de se pendre.Villageois, debout, courez fort,Emportons de quoi le dépendre,Peut-être bien qu’il n’est pas mort ! »Vers le bois on arrive en troupe,On s’arrête en soufflant un peu,On saisit la corde, on la coupe.Le cadavre était déjà bleu !Sur l’herbe foulée on le couche.Un vieux s’approche et dit : « D’abordSoufflez-lui de l’air dans la bouche,C’est pas possible qu’il soit mort ! »Les amis pensaient : « Est-ce drôleDe se faire périr ainsi ! »
La fillette comme une folle,Criait : « Je veux mourir aussi ! »Mais les parents, miséricorde,Disaient en guise d’oraison :« Partageons-nous toujours la corde,C’est du bonheur pour la maison ! »
Comments
Loading comments…