Une pleine Eau
Poèmes incongrus
UNE PLEINE EAU
La s’maine, et surtout l’dimanche,Ça devrait pas êt’ permisDe nager et d’fair’ la plancheDans l’eau qui coule à Paris.À Paris, la Seine est troubleEt ça n’est pas drôl’ du toutD’barboter dans du gras double ;J’m’en vas m’baigner à Chatou.À Chatou, près d’la rivière,Je me transporte aussitôt,Mais j’me dis : « L’eau n’est pas claire,Allons nous baigner plus haut. »Je marche et j’arrive en faceDu dépotoir de Saint-Ouen,Alors je fais un’ grimace,La Seine est jaun’ comme un coing.
Je r’mont’ le cours de la SeineToujours sur le bord de l’eauEn m’disant tout bas : « Pas d’veine,Allons nous baigner plus haut ! »Plus haut, près du pont d’Asnières,J’m’apprête à faire un plongeon,Mais le fleuv’, chos’ singulière,Est plus noir que du charbon !Je r’mont’ le cours de la SeineToujours sur le bord de l’eau,En m’disant tout bas : « Pas d’veine,Allons nous baigner plus haut ! »Au détour de Courbevoie,Je m’écrie : « C’est là, parbleu !Que j’me baign’rais avec joie ;Mais le liquide est tout bleu ! »Je r’mont’ le cours de la SeineToujours sur le bord de l’eau,En m’disant tout bas : « Pas d’veine,Allons nous baigner plus haut ! »Bientôt j’arrive à SuresnesPrès d’un site ravissant,Mais soudain je vois la SeineQui devient couleur de sang !
Je r’mont’ le cours de la SeineToujours sur le bord de l’eau,En m’disant tout bas : « Pas d’veine,Allons nous baigner plus haut ! »Plein d’une ardeur opiniâtre,Je pousse jusqu’à Meudon ;Mais là, le fleuve est blanchâtreEt roul’ des flots d’amidon !Je r’mont’ le cours de la SeineToujours sur le bord de l’eau,En m’disant tout bas : « Pas d’veine,Allons nous baigner plus haut ! »Enfin, trouvant l’eau moins grasse,Je m’décide à Billancourt ;J’pique un’ tête dans la carcasseD’un chien crevé d’puis quinz’ jours !Depuis c’jour-là je m’méfieEt chaq’ soir de huit à neufJe m’en vais sans cérémonieTirer ma coup’ sous l’Pont-Neuf !
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