Plus de Cors !
Poèmes mobiles
PLUS DE CORS !
À Charles de Sivry.
Ô désespoir, ô désespoir !Zoé (c’est ma femme), étendueSur un sofa, jambe tendue,Tristement gémissait un soir !N’était-ce pas une migraineOu quelque névrose inhumaine ?Hélas ! c’était bien pis encor,Pis que la mort, je vous assure :La pauvre enfant souffrait d’un cor,Ayant mis étroite chaussure.Ce n’était pas un cor banal,De ces cors qui ne font la guerreQu’aux extrémités du vulgaire :C’était un cor phé-no-mé-nal !
Or chacun sait où les victimesD’un cor intempestif et durTrouvent un remède très sûrPour quatre-vingt-quinze centimes.Comme un fou, je prends mon chapeau,Mon lorgnon, ma canne et ma bourse,Et je m’en vais, au pas de course,Chez le célèbre Galopeau.« Monsieur, me dit ce pédicure(Lequel habite un entresolAu boulevard Sébastopol),Avant de tenter cette cure,Je crois qu’il est superflu d’ex-(La formule est dans le Codex)Pliquer avec quoi je composeMon onguent odorant et rose.Grâce à son efficacité,Il est dans l’univers cité ! »Après avoir dit cette phrase,Très simplement et sans emphase,Il me remit un petit potPlein de pommade Galopeau.
Or la malade avec adresseOignit de l’onguent sans pareilL’extrémité de son orteil.Voilà soudain qu’elle se dresse,Elle marche, court, galope… oh !…Cette pommade Galopeau !…............Voilà bientôt une semaine(Ô merveilleuse guérison !)Que mon épouse se promèneSans revenir à la maison.Moi qui sais que la terre est ronde,J’attends en paix la vagabonde,En contemplant le petit potPlein de pommade Galopeau !
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