Invocation

L’Angelus des sentes

ÉGLOGUES

Les blés adorent Dieu plus purement que l’homme.

Saint-Georges de BouhélierInvocation

Rocs des abîmes bleus de buis ! et toi, lumièreEntre les bras de qui tressaillent les chaumièresQu’habitent sur les monts d’éblouissants bergers ;Églises de verdure et de roses, vergersGonflés de fraises d’or, de menthes et de pommesQui mûrissez la force et la douceur des hommes

Et baignez d’azur frais leur mortelle beauté ;Vignes fières des fruits que vos bras ont portés,Par le soleil, ainsi que des mères ravies ;Plaines qui me chantez le poème de vie ;Côteaux d’où coule un flot de candides soûleursQui nourrissez la brise avec le pain des fleursEt qui, voulant votre âme à quelque éden pareille,La parfumez pour moi de pampres et d’abeillesEt bercez un printemps de nids à vos rameaux ;Mystérieux torrents qui connaissez les mauxDont sur vos bords d’exil palpite l’âme humaine ;Sources ensoleillées qu’au pied des fleurs promèneL’auguste main d’un dieu caché dans les roseaux ;Forêts qui répandez les hymnes des oiseauxAfin d’illuminer les maisons et les lyres ;Lys dont la pureté monte en tremblants souriresEt guirlande d’éclairs le torse des rochers ;Brins d’herbe tressaillant comme des seins cachés,Vallons pamprés d’azur comme ceux d’Ionie ;Jardins où vit, au sein des roses, l’harmonie ;Saules dont l’aube blanche a baisé les cheveux

Qui sanglotez, le long des rives, des aveuxPlus attendris que ceux que les vierges soupirent ;Lac où flotte et triomphe un lumineux empireD’ondines dont les yeux sont les yeux d’or des soirs ;Rivages parfumés d’enfants blonds ; reposoirsDe myrtes où s’assied la nuit souffrante et grave,Pins qui baignez vos clartés sombres dans les gavesÀ l’heure où la montagne accueillante s’endort ;Sommets où les couchants luisent en gouttes d’orComme teints du sang pur de quelque cœur sublime,Cabanes qui penchez vos fronts vers les abîmes ;Pâturages et vous zéphyrs qui les baisez,Mer mouvante d’épis, champs radieux, laissezDoux compagnons ! en qui l’éternité flamboieMon âme ! vous vêtir de sa naissante joie.J’apporte l’ode heureuse où l’amour resplendit.Car un matin d’idylle bleue vous m’aviez ditVous tous qui me parlez avec des voix berçantes :— « Abaisse, comme un ciel, ta lyre bénissanteSur notre force aveugle et sur notre beauté ;Ombrage notre nuit de vivantes clartés

Et brûle nous du feu de ta grâce fécondePour que chante à toujours en nous l’âme du mondeEt qu’au temple éternel où grondent nos courrouxUn peu de la souffrance humaine batte en nous ! »

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