La Coupe

L’Angelus des sentes

La Coupe

À Albert Fleury

Suivant un vol de colombes, tu l’as surpriseÀ l’heure où le baiser des matinales brisesEnivrait sa beauté d’une églogue d’oiseaux.Son réveil ingénu se mirait dans les eaux.Et tu sentais monter, en hymnes clairs, vers elleLe frisselis de l’herbe et l’aveu des oisellesLe battement des rocs de brume bleue noyésEt la plainte des bois et des pics foudroyésEt l’émerveillement de la montagne énorme ;Puis, sous une avalanche d’aube, au bord des ormes

Les sanglots de la source où boit un faune amiEt les frissons profonds des chênes endormisEt l’âme d’or des lys de murmures enfléeEt tout le rêve verdoyant de la vallée !…Tu mêlas ta voix douce à cet orage purEt la nymphe te dit :« Tu viens lorsque l’AzurSème d’éclairs la face sombre des bruyèresT’agenouiller, ô mon Enfant, pour la prièreDevant mon corps de fleurs et d’étoiles drapé.Vois : sur mes mains où rit l’odeur des foins coupés,La bouche de l’aurore heureuse s’est posée.Et le ciel brille en moi. Le vin qui m’a griséeEst fait des pleurs d’amour que la Nuit bleue pleura,Les souffles des œillets embraseront tes brasDu feu clair qui ruisselle en mes veines ravies.Ma bouche aimante apporte un océan de vie.L’universelle force étincelle à mes flancs.Laisse mes baisers d’or adorer tes bras blancs.Je veux que ma beauté sublime te nourrisse,Et s’il faut à tes yeux des formes créatrices

Afin de mieux sculpter ton rêve radieuxPrends mon corps opulent d’où naquirent les dieuxAu soleil caressé des roses renaissantes.Mais pour investir mieux ton âme frémissanteDe l’amour de mon âme où les astres ont lui,Pour que tu sois le Doux qui chante selon lui,Pour que ton jeune luth, enivré comme une aube,Tressaille aux plis que font les brises à ma robe,Et qu’il soit fort et beau comme le blé des champs.Pour que la joie du monde éclate dans tes chantsComme la vie jaillit des prairies éternelles.Pour que ton cœur gonflé de l’or des ravenellesEt des lents tremblements embaumés des bouleauxRoule un torrent divin d’hymnes et de sanglotsMa vie t’offre son sang impérissable. Bois-le ! »Et ses mains ont béni ton front d’un vol d’étoiles.

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