Le Sacre du Poète

L’Angelus des sentes

ODES D’AURORE

Viens ! que je t’apprenne à aimer la vie.

J.-J. RousseauLe sacre du Poète

À Madame Madeleine LépineI

Dixeris egregie, notum si callida verbumReddiderit junctura novum.

Horace.

Quand ta lèvre sacra d’étoiles son attente,Frisonnante de pleurs, tu lui parlas d’abord,— Comme parle une eau vive aux herbes de ses bords —De l’amour douloureux des prairies grelottantes.Ensuite, tu chantas : « Mes candides baisersSont doux comme un matin d’azurante harmonie !Mais ta voix que ma voix a su diviniserGarde la joie de mes paroles infinies.

Ton front, qu’assombrissaient d’enfantines tourmentesAux rayons de mes yeux je l’ai fait rougeoyer.Paré de fleurs, voici mon corps ! Je suis l’amanteDont les sublimes mains d’aurore t’ont choyé.Tremblante, j’ai béni, de ma vie de lumière !— Afin que de toi naisse un hymne flamboyant —Le luth que t’ont tendu les dieux en te voyant ;Et j’enflamme tes pas de roses et de lierre.

Lève-le plein d’éclat vers les neuf saintes sœursTon luth pesant de chants mûris comme un automne !Et que ta grave voix torrentueuse tonneAvec des bruits d’abîme inconnus et berceurs.La terre roule des sanglots. Fais les revivreAu soleil de la route aimante que tu suis !Ma force d’or t’éclaire et mon rêve t’enivreEt tous les astres d’aube en tes beaux yeux ont lui.

Ô héros ! je t’accueille avec espoir, sachantQu’en toi tressaille une âme aux rythmes fiancée.— Près de ta rive ont retenti d’antiques chantsEt tu portes la lyre éclatante d’Alcée.

Or, je suis la déesse aux seins purs, qui subsiste !Je t’offre dans l’azur mes bras resplendissants.Et par ma voix guidés déjà tes chants naissantsIlluminent d’un peu de beauté l’homme triste !Mais puisque pour grandir l’homme, tu viens prierÉpris d’un divin culte au temple de Cybèle,Tu sauras la douceur de mes colombes belles,Je nimberai ton front de mes plus purs lauriers ! »

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