Stances

L’Angelus des sentes

Stances

— Puisque, jouant au bord des sombres pâturages,J’ai du son de ma flûte enivré les torrentsEt que Cyane, au pied des nues d’or qui l’outragent,M’a vêtu de l’éclat de ses bras implorants ;Puisque l’ample forêt chantant l’hymne des terresDe ses lèvres de lys a baisé mes doux yeux,Et qu’aussi la Beauté dévore, aux vents des cieux,Mon cœur, comme le tien, de rayons solitaires ;

Puisqu’aux neuves lueurs d’un printemps éolienMon cœur s’étoila d’aube et de sonnantes grâces,Qu’importe qu’on m’ait dit : « Tu n’es pas de sa raceEt tous tes chants ne sont qu’un pâle écho des siens ! »Puisque le rêve emplit mes yeux aimants, qu’importeQue ton âme héroïque ait renié mon nom :Les fleurs ont salué le rêve que je porteEt Pan sacra ma voix de champêtres renoms.Puisque ma lyre au sein des matins azurésSans que le tendre chœur des fauvettes s’éteigne,Répète les aveux des sauges et des présQu’importe que ton geste orphique la dédaigne ?Puisque levant le voile onduleux des sillons,Parmi les blancs troupeaux frissonnants de sonnaillesEt la charrue étincelante et les semailles,J’ai ravi l’allégresse aux hymnes des grillons ;

Puisqu’au livre vermeil des choses je sais lireLes mots tremblants et purs que Dieu trace pour nousEt que l’azur des nids me surprend à genouxQu’importe que la nuit se fasse sur ma lyre ?

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