Essais — Livre I — Chapitre 55

IL se dict d’aucuns, comme d’Alexandre le grand, que leur sueur espandoit un’ odeur souefve, par quelque rare et extraordinaire complexion, dequoy Plutarque et autres recherchent la cause. Mais la commune façon des corps est au contraire ; et la meilleure condition qu’ils ayent, c’est d’estre exempts de senteur. La douceur mesmes des halaines plus pures n’a rien de plus excellent que d’estre sans aucune odeur qui nous offence, comme sont celles des enfans bien sains. Voylà pourquoy, dict Plaute,

ubi nihil olet : la plus parfaicte senteur d’une femme c’est ne sentir à rien,

Et les bonnes senteurs estrangieres, on a raison de les tenir pour suspectes à ceux qui s’en servent, et d’estimer qu’elles soyent employées pour couvrir quelque defaut naturel de ce costé-là. D’où naissent ces rencontres des Poetes anciens : c’est puïr que de santir bon,

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