C’est ce désir du monde

C'est ce désir du mondequi m'hallucine !La hantise de ce qui reste à créerdans les contréesneuves comme mon ardeur.

L'aube monte,éclate aux vitres et joue un instantavec les rainures du volet.C'est avant l'aube qu'il faut partir..!La douceur du jour vous rattache aux chosesqui ont bercé l'enfance.Avec rudesse : il faut partir !Ceindre ses reins de la ceinture d'acierdont les clous mordent la chairà la moindre défaillance.Traverser le jardin, sans cueillir de fleurs,ne pas s'attarder à la barrière qui grince !Partir... avant l'heure.C'est la rudesse qui dirige.C'est la ligne droite et la route poudreuse,dans l'aurore malléable,qui attirent.Et la poussière se fait légère et douceaux talon nusqui s'y enfoncent avec volupté !Les horizons ne sont pas des mythesIls sont là pour être traversés ! vaincus ! Livrés !Tous les secrets des montagnes,toute la langueur des rivières,toute la force mystique de l'océan indomptableet le désert, qui noie, mieux que l'ondesont pour nous.

Pour Toi : Voyageur désirable !Que rien n'harasse et que rien ne déçoit :avec ta besace grise sur ta hancheton dur bâton !Sans arme ! Et sans fortune !Livré au ciel, comme Jésus-ChristLe fut aux hommes,Livré avec le seul vêtementde ta chair : à la sourcequi coule en chantantsur tes reins.

Les cimes ! Les cimes !Nous appellent, se dressantmultiples et farouchescomme un désir qui s'amplifie.Elle s'exhaussentles unes sur les autres,harcelant nos yeuxqui ne peuvent tout posséder !

Ô courses follesdans la nuit,avec les constellations jusqu'aux épauleset la tentation de les prendre à pleine main.Usure exquise de tout ce qui dort en nous

et s'éveille, au contact des ouraganset des soleils,absorptions entière de la Terrepar tous les pores de la peaucuivrée, durcie !

Possession enfin palpablede ce que Dieu donna à l'hommepour l'aider à conquérir le ciel.Possession unique !Dure comme un arc bandé,dont la flèche serait,un désir insatiabled'une portée illimitée.

Voici la nuit sur la ville.En haut de la grande Tour,un paon s'éploiecomme un drapeau d'azur.Et c'est le signe !Et c'est le flambeau !Ah ! Partons sans détour,pendant que la soif dure encoreet avant d'être résignés.Pendant que sur ce mur, l'oiseau sonoreclame la détresse des prisonniers.

Dans mes libres membres bouillonne,La folle promesse de l'universqui s'abandonneà mon désir.

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