Traduction Séguier — 04
Translated from Latin by Ulysse de Séguier
Les Amours
J’allais chanter les camps et Bellone en furie,Sur le grand rythme qui lui sied.Mes vers marchaient égaux : d’un air de moquerie,L’Amour, dit-on, leur prit un pied.
Enfant, qui t’a permis cette atteinte à ma verve ?Aux Muses seules j’appartiens.Voit-on Vénus saisir la lance de Minerve,Pallas les torches que tu tiens ?Cérès, sur les coteaux, préside-t-elle aux chasses,Dans les champs, Diane aux moissons ?Apollon revêt-il les pesantes cuirasses,Tandis que Mars danse aux chansons ?Ambitieux, trop vaste est déjà ton empire ;Pourquoi plus loin porter ta loi ?Es-tu maître du Pinde ? et Phébus de sa lyreDoit-il se voir frustré par toi. ?À peine un-noble vers ouvre-t-il mon poèmeQue tu suspends son vol heureux.Pour des accents plus doux personne, hélas ! que j’aime,Garçon ou vierge aux longs cheveux !Je me plaignais… soudain, dans son carquois qu’il vide,Cupidon cherche un trait vainqueur,Bande l’arc, puis m’ajuste en s’écriant : « Ovide,Voilà de quoi toucher ton cœur ! »Malheur ! il a percé d’une flèche, qui brûle,Ce cœur trop froid jusqu’à ce jour.Adieu donc, chants guerriers. Que mon vers se formuleEn six et cinq pieds tour à tour :Toi, ceins ton front de myrte, ô ma Muse, et module
Ce nombre impair que veut l’Amour !
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