Traduction Séguier — 17

Translated from Latin by Ulysse de Séguier

Les Amours

« Ne teins pas tes cheveux », disais-je à tout instant.Hélas ! tu n’en as plus à teindre !Eh ! quels plus beaux cheveux, sans ta faute pourtant ?À tes pieds ils pouvaient atteindre.Tu n’osais les peigner, tant ils étaient soyeux :Tel est le fin tissu des Sères,Ou le fil qu’Arachné, d’un pied industrieux,Dévide aux poutres solitaires.

Ni trop noirs, ni trop blonds, ils montraient nuancésL’or et l’ébène dans leurs ondes.Aux frais vallons d’Ida, les cèdres écorcésOnt ces couleurs brunes et blondes.

Leur souplesse admettait, de plus, mille contours,Sans te coûter la moindre plainte.Peignes et dards coquets les ménageant toujours,Napé t’ornait, libre de crainte.À l’œuvre je la vis, et l’épingle jamaisDurement ne vint la reprendre.Parfois leurs flots captifs, à l’aurore défaits,Hors du lit pourpre allaient s’épandre :Tel est le négligé que, sur le vert gazon,Offre une Bacchante assoupie.Mais quoiqu’ils fussent doux ainsi qu’une toison,Qu’on leur fit une guerre impie !Qu’ils subirent l’acier, le feu patiemment,Pour tourner en boucles dociles !Je criais : « Les brûler, c’est un crime vraiment ;Loin, bien loin, ces fers inutiles !Grâce ! ils frisent tout seuls. Rien à brûler en eux;L’aiguille y tient sans stratagème... »Les voilà donc tombés ces splendides cheveux,Dignes d’Évan, d’Apollon même.

Je leur comparais ceux qui jadis ruisselaientSur les bras nus de Dionée.

Pourquoi les regretter enfin, s’ils t’accablaient,Et fuir ton miroir, consternée ?Ce fidèle miroir te désole en ce jour…Pour plaire encore, allons, oublie.Tu ne peux de leur chute accuser tour à tourHerbe enchantée, eau d’Hémonie.Ni santé maladive (arrière un tel destin !),Ni rivale prompte à te nuire :Toi seule as préparé, de ta coupable main,Le poison qui vient les détruire.Maintenant des Germains les femmes t’enverrontUne chevelure complète.Quand on l’admirera, souvent, le rouge au front,Tu te diras : « Cruelle emplette !Je ne sais quelle esclave on applaudit en moi ;Hier je me passais de ses charmes… »

Ô misère ! elle pleure et veut, dans son émoi,Me cacher sa honte et ses larmes.À ses pieds, triste place, elle voit les débrisDe son ancienne chevelure :Ah ! calme-toi. Demain, ces beaux cheveux flétrisRepousseront, je te le jure.

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