Traduction Séguier — 23
Translated from Latin by Ulysse de Séguier
Les Amours
L’Amour ne vaut pas tant, — fuis, malin cavaleur ! —Pour que je songe au suicide ;Car j’y songe, en pesant tes torts, beauté perfide,Née à jamais pour mon malheur !Je n’ai point découvert ton crime en tes tablettes,Ni dans d’adultères cadeaux.Puissé-je me tromper, en t’accusant à faux !Hélas ! mes preuves sont complètes !
Heureux qui peut défendre un objet adoré,Croire sa belle sur parole !Il est de bronze, et suit une pente trop folle,Le jaloux de sang altéré.Mais, feignant de dormir, quand tu me croyais ivre,J’ai vu vos forfaits de mes yeux :J’ai vu de vos sourcils vibrer les arcs fiévreux ;Vos deux fronts parlaient comme un livre.Ton œil parlait aussi : sur la table, le vinTraçait des mots aidés du geste.Malgré tous vos efforts, j’ai lu leur sens funeste ;J’ai tout compris, nier est vain.
Déjà s’étaient levés la plupart des convives ;Restaient deux enfants assoupis :Je vous vis échanger, lors, des baisers hardis,En croisant vos langues furtives ;Non ces baisers que donne un bon frère à sa sœur,Mais ceux que darde une Ariane ;Non les chastes baisers d’Apollon à Diane,Mais ceux dont Mars fut ravisseur.Je criai : « Que fais-tu ? Ma joie, à qui va-t-elle ?Sur mes droits j’étendrai mes mains.Tu n’appartiens qu’à moi, je t’appartiens, cruelle ;Pourquoi ce tiers dans nos terrains ? »En ces mots s’exhala mon dépit : son visagePar la honte fut coloré.Ainsi rougit l’Aurore, en son char empourpré,
Ou la vierge qu’Hymen engage.Des roses, près des lys, tel brille l’incarnat ;Telle est Phébé qu’un sorcier prie ;Tel l’ivoire d’Assur qu’on teint en Méonie,Pour prévenir un jaune éclat.
D’une de ces rougeurs s’embrasa la coupable ;Elle embellit encor vraiment.Ses yeux miraient le sol, d’un air humble et charmant :Triste, elle était plus adorable.Son chignon parfumé, sa joue au fin duvetÀ ma rage à peine échappèrent ;Mais, en la contemplant, mes bras nerveux tombèrent ;Sa même beauté la sauvait.J’implorai d’elle, moi, qui l’aurais mise en poudre,Des baisers non moins sensuels :Elle sourit, et m’en fît des meilleurs, de telsQu’ils dompteraient Zeus et sa foudre.J’ai peur que mon rival n’en ait pris d’aussi chauds ;Je ne veux pas qu’ils soient les mêmes.Corinne a dépassé, dans ceux-ci, mes doux thèmes ;Elle sait des baisers nouveaux.Tant d’art m’effraye : hélas ! nos langues frémissantesS’engloutirent pour mon tourment !Un point m’afflige encore, et ce n’est seulementCe cas d’étreintes ravissantes ;Mais au lit seul s’enseigne un tel raffinement :Quel grand maître en a l’agrément ?…
Ce doux jaseur indien, ce perroquet modèleEst mort ! À son deuil soyez prompts,Oiseaux pieux ; venez, battez vos flancs de l’aile,De l’ongle ensanglantez vos fronts !En pleureurs, arrachez la plume qui vous pare,En sombres buccins, gémissez !Philomèle, pourquoi du bourreau de l’IsmareTe plaindre ? tes maux sont passés.
D’un oiseau sans pareil pleure avant tout la tombe ;Triste est le cas d’Itys, mais vieux.Vous, libres fils des airs, toi, sa chère colombe,Poussez vos plaintes jusqu’aux cieux.Il se montra sans cesse un galant camarade ;Autant que lui dura sa foi :Perroquet, ce que fut Oreste pour Pylade,La colombe le fut pour toi.Mais de quoi t’ont servi cet amour, ton plumage,Tes sons, babil ingénieux ?De Corinne, à te voir, que servit le suffrage ?Tu n’es plus, oiseau glorieux !Ton vert éclat pouvait éclipser l’émeraude,La pourpre ornait ton bec épais ;Nul rival, de ta voix n’égalait la méthode,Tellement bien tu grasseyais.La mort t’a pris, jalouse ; ennemi des batailles,Tu vivais parleur et mignard.Dans les guerres l’on voit se délecter les cailles,Peut-être ainsi mourir fort tard.Un rien te remplissait ; ta fureur oratoireDes longs repas sut t’affranchir :Une noix, c’était tout ; deux gouttes d’eau pour boire,Puis, trois pavots pour t’endormir.
Ils vivent, les vautours, écumeurs de l’espace,Les sombres geais, les durs milans ;À Minerve en horreur, la corneille rapace
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