Traduction Séguier — 41

Translated from Latin by Ulysse de Séguier

Les Amours

Un gardien à ta femme ? Homme dur, quelle erreur !La vertu, c’est l’unique garde.Chaste, on ne l’est jamais quand on l’est par terreur ;Pudeur forcée à fuir ne tarde.Le corps restera pur, mais le cœur est souillé ;Il n’admet point de folle entrave.Le cœur ne saurait être enchaîné, verrouillé.Vos murs, l’adultère les brave.

Qui peut pécher — souvent, pèche moins : le pouvoirDe mal faire en ôte l’envie.Ne pousse plus au vice en voulant le prévoir ;L’indulgence à sa marche obvie.

Hier je vis un coursier, rebelle au mors, partirComme la foudre, dans l’arène.Docile il s’arrêta, dès qu’il vint à sentirSur ses longs crins flotter la rêne.Un fruit prohibé tente, on poursuit qui dit non :Tel le fiévreux vers l’eau s’élance.Argus avait cent yeux ; seul, pourtant CupidonTrompa longtemps leur surveillance.Danaé, dans sa tour et de roc et d’airain,Vierge d’abord fut mère ensuite ;Mais, quoique non captive, à des amants sans freinPénélope échappe inséduite.

Tout bien caché stimule, appelle de bons coups ;Aux ébats permis peu se livrent.Ta femme ne nous plaît que par tes feux d’époux ;L’on rêve aux appas qui t’enivrent.Qu’une recluse soit infidèle, — tant mieux !Le péril me double ses charmes.Fulmine, à ton gré : j’aime un plaisir épineux,J’aime un sein palpitant d’alarmes.Cependant la Romaine existe libre en droit.Aux étrangères l’esclavage !

Veux-tu que son gardien s’écrie : « On me le doit » ?Soit ! sa sagesse est son ouvrage…

Par trop sots les maris d’un adultère émus !C’est peu connaître la folieD’une ville où sont nés Romulus et RémusDu crime de Mars et d’Ilie.Si tu la voulais chaste, eh ! pourquoi belle encor ?Vertu, beauté jurent ensemble.Tolère, par calcul, montre un air plus accort ;Abdique un droit dont elle tremble.Et cultive le tas de ses fervents amis ;La vogue ainsi s’obtient sans peine :Aux folâtres banquets ton couvert sera mis,D’or ta demeure sera pleine.

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