Traduction Séguier — 42
Translated from Latin by Ulysse de Séguier
Les Amours
Une nuit, de Morphée ayant subi les chaînes,Je fis ce songe douloureux :Au flanc sud d’un coteau pendait un bois de chênes,Sombre asile d’oiseaux nombreux.Un val était au bas, tapissé de verdure,Et d’une eau plaintive arrosé.J’allais, cherchant le frais, dans la forêt obscure ;Mais l’air m’y suivait embrasé.
Voici que m’apparut, broutant, l’herbe fleurie,Une génisse à blanche peau :La neige a moins d’éclat, quand, fraîchement durcie,Elle étale un vierge manteau :Et moins pure est du lait l’écume frémissanteSous la main qui trait la brebis.Un taureau, calme époux, près la bête paissanteSe coucha sur le vert tapis.Or, tandis qu’il rumine et des premières herbesDe nouveau s’enfle, ainsi trônant,Le sommeil le saisit, et ses cornes superbesVers la terre vont s’inclinant.Soudain, en croassant, une corneille glisseDes cieux, s’abat sur le gazon,Mord trois fois au poitrail l’éclatante génisse,En fait voler maint blanc flocon,Celle-ci, vacillant, quitte enfin place et maître ;Mais noir demeure son poitrail.À peine a-t-elle au loin vu d’autres taureaux paître(Au loin paissait du gros bétail),Qu’elle bondit vers eux, à leur troupe se mêleEt prend sa part d’un sol choisi.
« De nos songes, ô toi, l’interprète fidèle,S’ils sont vrais, que veut celui-ci ? »Dis-je, le jour venu. Le fidèle interprèteMe répondit, pesant bien tout :« Ces feux, devant lesquels tu battais en retraite,
Ce sont les feux dont ton cœur bout.Cette blanche génisse est ta blanche maîtresse,Toi, son époux au large front ;Et l’agile corneille, à la pointe traîtresse,C’est la vieille qui la corrompt.La génisse au départ peint ta belle volageFuyant tes bras, ton doux réduit ;Vois dans ces coups de bec, ces points noirs, sombre image,Que l’adultère la détruit. »
L’interprète se tut : d’un mort j’eus le visage ;Devant mes yeux régna la nuit.
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