La lampe et le flambeau

Fables canadiennes — 01

LA LAMPE ET LE FLAMBEAU

La nuit sur la natureAvait jeté son voile noir ;Les étoiles, au ciel, se laissaient un peu voirÀ travers la sombre tenture,Mais c’était tout, et tout semblaitBien endormi dans les ténèbres.— Je vais les dissiper, moi, ces ombres funèbres !Dit une lampe qui tremblaitAu bout de sa chaîne de cuivre,À son compère le flambeau ; —Et puis, se hâtant de poursuivre :

— On se croirait dans un tombeau,Dit-elle, à quatre pieds sous terre…Dispensons nos bienfaitsAux mortels stupéfaits,Et de la nuit débrouillons le mystère !À ces mots, elle perce un peu l’obscurité :— Vois donc comme je brille avec sécurité,Et comme à chaque objet je redonne sa forme !Reprend-elle aussitôt.Et le flambeau lui dit :— Ton éclat est superbe et ma force est énorme :Tous deux, sans contredit,Nous suffisons pour éclairer le monde.Vois comme de mes feux, à cette heure, j’inondeLa nuitQui fuit !— Oui, nous faisons pâlir, en effet, les étoiles.— Nous enlevons aux cieux, vois donc, leurs sombres voiles.

— Les rochers, les forêts, la verdure, les fleursSous nos rayons ardents reprennent leurs couleurs.— Et l’oiseau nous salue et l’orient se dore !— Et le monde s’éveille et le ciel se colore !. . . . . . . . . . . . .C’était le soleil levant !…Poursuivant sa carrière,Il noyait l’univers dans ses flots de lumière ;Et le flambeau mouvantEt la lampe, sa compagne,Croyaient que c’étaient eux qui répandaient ainsi,Dans le ciel et sur la campagne,Cette douce clarté qui les noyait aussi.

Vos systèmes menteurs pensent de la nature,Ô philosophes vains, éclairer les secrets,Voyez-les donc pâlir quand la Foi, l’ÉcritureProclament leurs décrets !

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