La lampe et le réverbère
Fables canadiennes — 01
LA LAMPE ET LE RÉVERBÈRE
Une lampe brûlait chaque jour de l’annéeSur la place où la foule, à l’approche du soir,Venait se reposer des soins de la journéeEt chercher un nouvel espoir.Derrière cette lampe un large réverbèreD’un métal précieux,Réunissant ensemble, en faisceaux radieux,Les doux rayons de la flamme légère,Inondait jusqu’au loin les dalles du pavé.
Après avoir longtemps rêvéÀ la noblesse de son rôle,Le drôleSe laissa troubler par l’orgueil,Puis en ces mots apostropha la lampe :— Décampe !La place, pour cela, n’en sera point en deuil :C’est moi qui fais glisser ces gerbesSuperbesSous les pieds du promeneur,Et l’honneur,Par un injuste sort, en revient à toi seule.— Je n’aime pas à me vanter,Mais ne suis pas, non plus, bégueule,Et contre tes discours il me faut protester,Ou l’on me croirait lâche,Lui dit la lampe. Or, c’est pour m’aider à ma tâcheQue tu fus mis ici, ne le sais-tu pas bien ?Sans moi, va, tu ne serais rien.— Tu n’es qu’un simple verre,Reprit d’un ton sévèreLe réverbère de métal…
Et puis, comme il cherchait quelqu’autre mot brutal,Une légère brise, afin de le confondre,Vint lui répondreEn éteignant la lampe de cristal.
Dieu, voilà la lumièreQue le génie humain réfléchit ici bas :Combien dans le palais, combien dans la chaumière,En leur orgueil, n’y pensent pas !
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