La lutte pour le sceptre chez les animaux

Fables canadiennes — 01

LA LUTTE POUR LE SCEPTRE CHEZ LES ANIMAUX

Un jour les animaux sauvages,Voulant imiter les humainsDans leurs politiques desseins,S’assemblèrent sur les rivagesD’un fleuve profond,Au pied d’un rocher solitaireOù l’aigle avait bâti son aire,Afin de discuter à fondS’il était opportun d’élire pour la vie,

Ou pour un terme seulement,Non pas un roi, — cela vraimentSent trop la tyrannie, —Mais un bon PrésidentQu’on traite comme un hôte,Que l’on met, que l’on ôteAvec un zèle ardent.On s’entendit tout de suite :Le président éluResterait président durant bonne conduite.Le décret fut lu,Et chacun l’approuva sur l’heure à sa manière.— Qui sera chef ? dit l’ours sorti de sa tanièreAvec l’espoir au cœur.— Ce sera le vainqueurDans une joute,Et sans doute,Sire, ce sera vous, dit le renard malin.— Mais qu’allons-nous tenter ? quel combat ? quelle lutte ?Sera-ce le plus fort, sera-ce le plus finQui régnera sur nous après cette dispute ?Reprit le loup-cervier.

— Que se soit le premierQui touchera la rive,Dit d’une voix craintiveLe timide castor.— Tu ne penses qu’à toi, malheureux amphibie !Renonce à ta lubie ;Pour cette course-là tu peux attendre encor,Réplique durement une méchante hyène.— Pas de gêne ;Que chacun, mes amis, s’exprime à sa façon :Il faut donner à l’homme une bonne leçon,Dit un grand orignal en branlant sa ramure.Un long murmureAccueillit ce discours en trois ou quatre mots.Les prétendants allaient se montrer aussi sotsQue les hommes eux-mêmesEn ne s’entendant point sur l’objet du combat,Et le débatCommençait à traîner en des longueurs extrêmes,Quand un aigle orgueilleux,Ouvrant ses larges ailes,

Du haut du rocher sourcilleuxLes plaisanta sur leurs querelles.— Nous sommes bafoués par cet impertinent,Dit un jeune lion, secouant sa crinière,Vengeons-nous donc incontinentEn allant le chasser de sa retraite altière,Et le premier rendu, —Que ce soit entendu, —Sur son front anobli mettra le diadème.Aussitôt dit aussitôt accepté.Chacun voulant saisir l’autorité suprême,S’élance avec impétuositéÀ l’assaut de la côteAbrupte et haute.Mais que de vains efforts ! que d’efforts malheureux !Les pieds et les genoux des plus aventureuxSe déchirent sans cesse aux angles de la roche ;Au moment qu’il approche,Hélas ! plus d’un hérosTombe et se rompt les os.Cependant un serpent se glisse avec prudenceParmi la mousse dense

Et dans les fentes du rocher ;Il passe à travers les fascines,Il réussit à s’accrocherAux rameaux, aux racines,Arrive le premier sur les âpres sommets,Et, pour se mettre en règle,Jette le nid de l’aigleSur ses nouveaux sujets.

Citoyens à la forte trempeQui voulez noblement atteindre le pouvoir,Faites place à l’homme qui rampeEt monte sans se faire voir !

Comments

Loading comments…