Le chameau et les dromadaires
Fables canadiennes — 01
LE CHAMEAU ET LES DROMADAIRES
Au bord d’une oasis, parmi d’épaisses herbesQui faisaient oublier les sables du désert,Un chameau, décoré de deux bosses superbes,Et qui passait pour fort disertParmi ses frères de la Chine,Avait rejoint, un jour qu’il se mourait d’ennui,Des êtres comme luiAffligés d’une ronde échine.
Rien ne fait naître l’amitiéComme la solitude :On lui montra de la pitiéPuis, avec promptitude,Sans attendre le lendemain,On entra tour à tour au désert sans chemin.Or, le deuxièmeRiait jusqu’à se sentir malEn regardant le dos du premier animal.Le troisième riait de mêmeDes deux premiers qu’il trouvait peu mignons.Et les autres, ma foi ! qui venaient à la suiteTenaient bien la même conduiteÀ l’égard de leurs compagnons.Mais le plus insolent c’était l’être aux deux bosses.— J’aime mieux être seul et me perdre en hérosQue de marcher plus loin avec ces grands colossesQui menacent le ciel de leurs énormes dos,S’écria-t-il, branlant sa tête altière.Puis il s’éloigna, le hautain,Laissant la troupe entièreDisparaître dans le lointain.
Les défauts des autres nous troublentEt souvent nous nous en moquons ;Or, les nôtres, peut-être, en nombre les redoublentJamais nous ne les remarquons.
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